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TEXTE : DIRK FRIMOUT
PHOTO : GUILLAUME TROUVÉ ASSISTÉ D'ARTHUR WOLLENWEBER

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« C’EST UNE BONNE ÉCOLE, TU APPRENDS À NE PAS JOUER TOUTES TES BALLES EN DÉBUT DE SOIRÉE, À SENTIR LA VIBE ET PISSER DANS UN GOBELET »

« Aujourd’hui tout le monde est DJ », c’est avec cette punchline scandée avec la rigueur d’un punk sur la bande originale et les images de « Ne nous fâchons pas » de Lautner que Docteur Vince nous interpelle sur la condition de disc-jockey moderne. D’aucuns se prétendent DJ, Selecta ou Deejay, beaucoup n’en ont ni les oreilles, ni la technique et encore moins la vibe. Pour Vince, être DJ, ça c’est pas une façon d’exister en soirée pour choper des meufs quand on ne sait pas danser, et encore moins un moyen de justifier une carrière de presque-journaliste musical dans les soirées mondaines. Le Doc, comme Busta Flex, fait son job à plein temps. Docteur Vince est Disc Jockey, un vrai, un tatoué, un chineur de vinyles, un ambianceur d’ondes courtes ou longues, un façonneur de dance-floors. Je le retrouve au pied de la Butte Montmartre à quelques pas de ses deux spots habituels, entre le salon de tatouage Bleu Noir et Qhuit, repère des modeux glycolés. Il revient des puces de Saint-Ouen avec quelques galettes sous le bras. Son pote Mister Modo y distille dans son corner des disques de collection et des scratchs en gros. C’est presque l’heure de l’apéro alors on commande une petite bière fine, légère juste pour la soif et le bavardage, pour commencer.

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« IL OFFICIE EN TANT QUE DJ OFFICIEL DE GÉRARD BASTE ET DES STUPEFLIP, DEUX PROJETS MUSICAUX QUI L’AMÈNENT EN TOURNÉE DANS LES PLUS GRANDES SALLES ET SUR LES SCÈNES DES PLUS GRANDS FESTIVALS »

Docteur Vince vient du Duché des Bourbons, quoi de plus normal pour un prince. Point commun avec Nolwenn Leroy, tous deux grandissent à Cusset et découvrent les vertus thérapeutiques de l’eau de Saint-Yorre. La musique, ça l’a pris assez tôt : il voulait faire de la guitare mais il n’y avait plus de place, plus de place non plus aux cours de piano, alors il se retrouve à faire du violoncelle. A 13 ans, Vince trimbale le violoncelle sur sa 103 SP il abandonne la musique pour se concentrer sur les mobylettes. Il devient carrossier. Les meules, il les repeint. Les nuits, dès seize ans, il passe des disques dans les nombreuses discothèques de Vichy qui fleurissent à la fin des années 80. Il joue les disques de la boite, un peu les siens : il faut faire danser les thermalistes. Dans les années 90, il y a de plus en plus de bars à thème : rock, black music, garage, Vince prépare des sélections spécifiques et joue dans tous les bars, il y développe son savoir-faire-danser et son éclectisme. Il grandit et repeint des bagnoles, celles des copains et surtout celles des gars cools qui font du Rockabilly. Avec eux, il commence à tourner : régisseur, merchandising, chauffeur, il fait tout les jobs. Il se retrouve à Clermont-Ferrand où la « Coopé » (la Coopérative de Mai, scène des musiques actuelles locale) vient d’ouvrir. Dans la capitale du pneu les bars musicaux se développent et accueillent Vince et ses sélections musicales pointues mais toujours dansantes. Il décroche un job à Radio Arverne, un contrat aidé pour les associations. A cette époque il faut savoir tout faire. Il réalise la matinale en direct et en solo, il faut passer les pubs, répondre au téléphone, lancer les disques et les magnétos pré-enregistrés. Tous les matins c’est quatre heures de mix en live. Le soir, c’est les émissions musicales, une spéciale hip-hop précède un mix de reggae ou de punk et les émissions electro finissent les soirées. Vince continue à faire danser dans les discothèques. A cette époque il est DJ résident et joue toute la nuit. « C’est une bonne école, tu apprends à ne pas jouer toutes tes balles en début de soirée, à sentir la vibe et pisser dans un gobelet».

En 1999, c’est encore à Clermont-Ferrand, sur un festival, qu’il rencontre Gérard Baste et les Svinkels. Alors qu’ils doivent jouer ce soir là, Pone, le DJ officiel du groupe, est retenu pour une compétition de scratch. Au pied levé le Doc le remplace. Une nouvelle facette de l’art du deejaying s’ouvre à lui, musicien dans des groupes de hip hop, il fait des concerts avec les groupes régionaux, et rejoint les Svinkels régulièrement alors que Pone fait de plus en plus de compétitions — il gagnera d’ailleurs les championnats du monde en 2002. Apres les Svinkels, les groupes s’enchainent. Désormais DJ officiel de Gérard Baste et de Stupeflip, deux projets musicaux qui l’amènent en tournée dans les plus grandes salles et sur les scènes des plus grand festivals. Entre deux tournées le Doc mixe surtout dans les bars, par choix. Il s’y sent mieux qu’en club, car il mixe plus longtemps. « Un DJ set en club, c’est une heure, une heure trente, au milieu de la nuit et on ne joue qu’un style de son. Dans les bars c’est quatre heures de boulot mais ça se termine plus tôt. » Il faut jouer plus de choses différentes, il y retrouve son amour pour la diversité musicale, il peut jouer du rock, du reggae, de l’electro et pourquoi pas une valse si l’humeur du soir et du public le permet. Et même si aujourd’hui tout le monde est DJ, ceux qui comme Vince le font pendant 20 ans, avec autant d’amour pour la musique, le fête et les fêtards, ne sont pas si nombreux.

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