Partager cet article

ÉDITO

Je me souviendrai toujours de mes premières tournées. Se réveiller tôt. Quitter la maison sur la pointe des pieds, alors que le jour n’est pas levé. Prendre le tram, brumeux. Arriver au local. Attendre Dirk qui ramène le camion. A trois ou quatre, charger d’abord la batterie, puis les amplis, les câbles, les instruments, divers sacs de couchage, couvertures et autres accessoires de voyage. Fin prêts, au petit matin, monter dans le van déglingué et mal chauffé, soigneusement affrété par les services techniques de la ville. Là, pleins d’une énergie nouvelle, ensemble nous prenions la route, le soleil en mire, et ce n’est pas cliché de le dire : pour de nouvelles aventures.
Nous avions soif de mettre à l’épreuve nos cours de géographie, d’aller à la rencontre de l’Autre. Soif de partager ces émotions intenses que nous procurait la musique, partager notre vision de la société, résolument libre et ouverte, commune et ordinaire. De longues heures d’autoroute, des kilomètres de platanes, des dizaines de sandwichs de stations-service, des rires incessants, pour atterrir dans des squats, des bars de quartier, des restaurants de zone industrielle, au meilleur des cas des MJCs ou dans les premières SMACs. S’intéresser aux cultures autochtones et découvrir les spécialités locales. Donner des concerts d’anthologie, des décibels par centaines, du public souvent par dizaines, parfois par milliers. Du bruit, de la sueur, toujours. Des joies et des peines, souvent des galères, de temps en temps des coups de chance. Nos vies, mais sur la route. Nos vies en backstage. Lire Roadie Magazine, c’est faire une pause pour embarquer avec les musiciens qui arpentent les scènes, les chapiteaux, les clubs, les festivals. C’est sortir des sentiers battus et pénétrer dans l’arrière-boutique de ceux qui préparent leur show des semaines ou des mois durant, et qui viennent jusqu’à vous proposer leur univers, intime et singulier. C’est participer au plus près à ces rassemblements populaires, où les foules dansent et vibrent de plaisir. C’est s’abandonner fugitivement à la fête, ces instants magiques qui ouvrent la porte aux sens et à l’imaginaire, ces moments ou tout est permis, dans une entente générale où le public fait corps. Après être passé de mains en mains, avoir trainé sur les tables de salon ou dans les lieux de commodité, Roadie Magazine est désormais en ligne. Nous espérons que vous aimerez ça.