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TEXTE : THOMAS DANTIL
PHOTO : GUILLAUME TROUVÉ

« C’EST VRAI QUE NOTRE VIE A COMPLÉTEMENT CHANGÉ EN UNE DÉCENNIE ET QU’ON A UN SACRÉ RYTHME »

Un groupe qui bouffe autant de kilomètres (mais de manière propre, en tour bus carburant au colza) ne pouvait pas ne pas finir dans Roadie. Impossible. Depuis bientôt dix ans, Gojira, meilleur export du metal made in France, parcourt le monde et assoit son succès, de l’Europe aux États-Unis, en passant par l’Inde et l’Amérique du Sud. « C’est vrai que notre vie a complètement changé en une décennie et qu’on a un sacré rythme », confirme Joe Duplantier, guitariste/ chanteur du combo bayonnais. C’en est à se demander s’il y a encore un coin du globe où ils n’ont pas mis les pieds. Et bien oui: « On n’a pas encore joué au Japon (un comble, étant donné que c’est justement le pays de Gojira, soit Godzilla en VO). Et c’est un rêve, on aimerait vraiment y aller… Heureusement ça va bientôt se faire, on a quelques dates prévues là-bas en fin d’année. » D’ici là, le programme reste chargé avec une tournée européenne tout l’été, puis la finalisation de leur sixième album studio.« C’est un peu obligatoire d’être en Europe à cette période, vu que c’est à ce moment là qu’il y a tous les gros festivals. Donc on s’est mis à fonctionner comme ça : l’été on tourne en Europe et le reste de l’année… dans le reste du monde ! » résume Joe. « Au milieu de tout ça, on avait besoin d’une sorte de pied-à-terre pour pouvoir se poser et travailler sur notre prochain disque. J’ai donc réalisé mon propre studio à New York, où je vis depuis quelques années. »

Quoi ? Les métalleux connus pour leur engagement en faveur de la cause écolo cédant aux sirènes du pays de tous les excès ? « C’est vrai que nous sommes plutôt engagés et sensibilisés, mais on ne fait pas dans le prosélytisme ou la politique. J’aime New York, je m’y sens bien. Il y a quatre ans, j’ai eu envie de changement, de m’installer ailleurs et j’ai donc choisi cette ville. Ça a été simple car avec Mario (Duplantier, son frère et batteur du groupe) on a la double nationalité, de par notre mère américaine. Et maintenant que j’ai aussi mon studio là-bas, je me verrais bien me reconvertir en producteur ; j’ai déjà un peu d’expérience vu que j’ai produit plusieurs albums du groupe. » Mais n’allez pas croire que M. Duplantier et ses acolytes pensent déjà à la retraite ; malgré un succès sans cesse grandissant, les Bayonnais n’entendent pas lever le pied, et ce n’est pas seulement une question de reconnaissance ou d’ego. « Bien sûr, quand tu as un groupe, tu veux que ça marche et quand c’est le cas, tu profites et tu fais tout pour que ça continue. Mais il y a aussi d’autres problématiques qui rentrent en jeu : depuis le dernier album (L’Enfant Sauvage, paru en 2012) je suis devenu père, et Mario aussi. On n’est plus tout seuls, on a plus de responsabilités. La paternité change énormément de choses. Tu mets forcément ton ego de côté, tu te mets à penser autrement. Oui on veut que Gojira marche, pour nous mais aussi pour avoir de quoi assurer derrière. » La question $$$ est donc loin d’être tabou, là où nombre de groupes se braquent et vous sortent le couplet « vivre d’amour et d’eau fraîche (ou dans ce cas, de headbang et de bière chaude) suffit à notre bonheur. » « Honnêtement, des fois on se pose la question de ce qui peut marcher le mieux en termes de vente : tiens, si on partait dans cette direction, si on structurait tel titre sur un format plus chanson, est-ce que ça ne nous ferait pas vendre un peu plus de disques ? Tu y penses forcément. Mais il faut avant tout qu’on se fasse plaisir. Impossible de sortir quelque chose que nous n’aimerions pas jouer ».

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« LA VIE EN TOURNÉE, CA REND PAS TRÈS FIN (…) TON VOCABULAIRE FINIT PAR SE RÉDUIRE CONSIDÉRABLEMENT… »

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A l’instar de leurs potes de Mastodon, Gojira arrivent donc petit à petit à instaurer un véritable songwriting et un sens mélodique dans leurs compositions. « Les morceaux expérimentaux incompréhensibles de quinze minutes, à un moment c’est bon. Tu as aussi envie que ta musique soit écoutée et diffusée, non ? » Ce qui, encore une fois, ne veut pas dire se renier. Même dans une formule plutôt couplet/ refrain Gojira continue de faire du Gojira, c’est à dire une large exploration de la palette des musiques metal, allant du death au post-core. Une tournée avec Miley Cirus ou Nickelback ne semble donc pas encore dans les plans. Et si justement on leur demande avec qui ils rêvent encore de jouer, eux, qui ont déjà partagé l’affiche avec nombre de grosses machines, ont pourtant toujours de quoi répondre : « le rêve, ce serait Tool. On est fans. Et Meshuggah, aussi. On est bien potes avec eux, on s’est déjà croisés plusieurs fois sur des festivals et à chaque fois on se dit qu’il faudrait qu’on monte une tournée ensemble. Ça, ce serait un véritable événement. » Comme à peu près tout ce que fait le groupe, en fait, Gojira ayant désormais acquis un statut de poids lourd du metal actuel. Mais, par rapport à l’ampleur du groupe, Joe et ses acolytes restent étonnamment simples et accessibles. S’il n’y avait pas l’impératif horaire des balances (l’interview a été réalisée lors de leur passage au festival Europavox à Clermont-Fd), il pourrait encore tailler le bout de gras un bon moment, tranquillou. On sent la même sympathie et nonchalance chez ses compères. Une vraie cohésion aussi, loin du cliché de toutes ces grosses formations dont les membres ne peuvent plus s’encadrer et ne se retrouvent ensemble que sur scène. « Heureusement, on est encore contents de se voir, même après vingt ans passés à jouer ensemble ! Et le fait qu’on ait gagné en maturité nous permet de mieux gérer les choses. Bon, après, la vie en tournée ça rend pas très fin ; tes activités sont réduites et ton vocabulaire aussi finit par se réduire considérablement ! C’est souvent qu’on finit par s’exprimer uniquement par onomatopées ! Du coup, quand on rentre et qu’on retrouve nos familles, nos amis, il faut limite réapprendre à parler, rebrancher notre cerveau. Ils se disent : mais ils sont devenus débiles ou quoi ? » Puis il rit, comme après une bonne histoire growl…

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GOJIRA, C’EST UNE LARGE EXPLORATION DE LA PALETTE DES MUSIQUES MÉTAL, ALLANT DU DEATH OU POST-CORE