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TEXTE : MAYWENN VERNET
PHOTOS : GUILLAUME TROUVÉ

D’aucuns ont des aventures, la restitution de cette rencontre est une aventure. Au départ rien de bien surprenant : une interview prévue au Point Ephémère début février 2017 pour une publication dans le numéro de mars. Une prise de notes éparse car le progrès permet une fabuleuse option aux téléphones intelligents : le dictaphone. Seulement, je n’avais pas tellement prévu de perdre l’outil qui m’aurait permis une retranscription fidèle et, surtout, plus efficace.

Un bel exercice s’offre à moi. Finalement, je prends la décision de me fier à mes souvenirs et mes impressions liés non seulement à la rencontre avec le groupe mais aussi au concert donné – au sein du même lieu, le Point Ephémère – début mars. Eléments de contexte, le rendez-vous est donc donné au “Point F.”, pour les intimes, haut lieu de trip musical parisien, pour la frime ou la passion, les initiés ou les égarés. S’il fait bon de s’y arrêter pour siroter une délicieuse boisson en terrasse à partir du moment où le soleil se fait moins timide, comme précisé plus haut, nous étions en hiver. On repassera pour l’ambiance caliente, ce sera chocolat chaud et écharpe vissée au cou. En arrivant, je me blottis contre une banquette avec mon chocolat – ça c’est le rock – en faisant mine de parfaire mes questions. Soyons honnête, j’attendais seulement que le shooting photo prévu avant l’interview se termine. Les attendus arrivent, le corps rafraîchit par plus d’une demi heure de shooting en extérieur. Un double chocolat chaud pour réchauffer les coeurs et c’est parti. Pour ne pas risquer le pas de côté un peu hâtif, on commence en douceur. Disons de façon conventionnelle, des questions à bâton rompu sur la genèse du groupe. Nommons le, Holy Two. Ils se présentent, se coupent mais se laissent la parole. Les lyonnais reviennent sur leur aventure débutée fin 2013. Une aventure chiffrée au kilomètre pour leur dernière tournée à l’automne 2016 : plus de 11 000 kilomètres sur les routes, 21 concerts dans 20 villes différentes pour autant d’hôtels saccagés – le rock, toujours le rock. Après ça, on peut s’attendre à avoir en face de nous deux personnes crevées qui ne rêvent que de leur couette. Mais non, je fais face à un duo qui en redemande. Malgré une actualité promotionnelle chargée – sortie de leur clip “Face it” en janvier, les deux aventuriers pensent à leurs prochaines dates : Sochaux pour le Festival GeNeriQ, Paris, Niort et son festival Nouvelles Scènes, ou encore Genève et le Luxembourg… Visiblement le but est de battre le record du kilométrage le plus élevé à chaque tournée.

Holy Two - Guillaume Trouvé

«En arrivant, je me blottis contre une banquette avec mon chocolat – ça c’est le rock – en faisant mine de parfaire mes questions.»

Holy Two - Guillaume Trouvé

Et comme une tournée ne se construit pas seule, et en un jour, le groupe me parle volontier des petites mains qui graissent la machine dans les coulisses. Ces petites mains appartiennent au label lyonnais Cold Fame et plus précisément à Claire, Justine et Jean-Noël. Une division du travail millimétrée, entre communication, production et booking, qui permet au label de balader ses artistes dans toute la France. A noter que Cold Fame est donc supporté par trois personnes, chose qu’Elodie et Hadrien ne manquent pas de rappeler. Et justement, cette dimension plus personnelle et humaine est clairement ce qui a séduit le groupe. Les musiciens m’avouent ne pas être spécialement attirés par un autre label qui serait plus grand et qui pèserait davantage dans l’univers impitoyable de la musique. Pratique qui se répand comme une traînée de poudre ces dernières années. Si le modèle de l’auto-production n’est pas ce qui colle au développement de Holy Two, ils mettent l’accent sur les bienfaits des labels indépendants qui permettent aux artistes non seulement d’avoir un cadre mais une marge de manoeuvre – dans leur cas – plus intéressante en comparaison à ce qu’une major ou un autre label plus important pourrait proposer, conscients du risque de signer pour potentiellement se retrouver en groupe de placard au sein d’un catalogue déjà bien fourni. Au delà de ça, Elodie et Hadrien précisent que le modèle proposé par Cold Fame leur a permis de conjuguer études et musique. Étudiants en architecture à l’époque, ils envisageaient difficilement de devoir tout prendre en charge eux-mêmes. Aujourd’hui, ils avouent d’ailleurs qu’ils comptent se vouer pleinement à la musique en ne reprenant pas leurs études d’archi. Une décision loin d’être anodine certes, mais après tout, une partie des Pink Floyd avait pris la même décision. Holy Two serait-il sur le point de concocter un petit Dark Side des temps modernes ? En tout cas, on leur souhaite. Quelques semaines plus tard je retrouve le groupe pour leur date parisienne. J’étais restée avec l’image de deux personnes résolument motivées et impatientes de présenter leur live.

Le ton est donné, à peine arrivée au Point Ephémère, je dois d’ores et déjà me frayer un chemin à l’intérieur du fumoir pour accéder à la salle. La foule n’était visiblement qu’un aperçu de ce qui m’attendait car la salle est quasi pleine. Des gens assis à droite à gauche, une fosse comble, trépignante. Un moment de pause pour tous avant un concert ostensiblement attendu. La musique passée pour nous faire patienter à des airs familiers : Flavien Berger, Grand Blanc. Elle se fraie un chemin parmi la masse opaque qui ne demande qu’à éclater. Les conversation mondaines vont bon train, à se demander si le but de cette soirée n’est pas en grosse partie liée à une chasse à l’homme professionnelle. Un écran de fumée brisé dès les premières notes. Progressivement le public est happé, cependant je ne mors pas si facilement à l’hameçon. Tant est si bien que je me surprends à lister globalement ce qui me déplait : premier taquet personnel, il en va d’un choix esthétique scénographique, pourquoi cette cymbale placée en hauteur ? Je ne pense pas que ce soit un détail à négliger, il en va certainement d’une guerre de clans entre pro-cymbales hautes et anti, au même titre que les pro-”j’exerce une pression sur le manche de ma guitare pour obtenir un son de finition trop DIY”. Mis à part ça, je n’ai pas été subjuguée par la construction du set et par les choix de sonorités, quelques moments de flottement personnel. Cela dit, je retiens deux moments intéressants lors de ce live. Un premier qui vient secouer le public qui, à n’en pas douter, attendait le morceau phare du groupe “Undercover Girl”. Cet instant m’a très clairement sortie de mon scepticisme. Ensuite, second moment à relever, climax du concert. Le groupe annonce un morceau qu’il n’aurait encore jamais joué sur scène, le mystère reste entier. Et bien mes aïeux, il s’avère que ce fameux morceau n’était pas moins qu’un réarrangement de “Paris Latino” – vous l’avez en tête maintenant, avouez. Climax car c’est clairement la partie du concert que j’ai le plus appréciée. Un moment volé de nostalgie, repensant à mes jeunes années. Le concert touche alors à sa fin, un joli message personnel est lancé au label Cold Fame dans l’un des morceaux du rappel, une façon comme une autre de témoigner d’une forme de reconnaissance envers les personnes qui s’investissent dans la réussite de cette aventure.

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