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TEXTE : CHARLES CHU
PHOTO : CHARLES CHU & PERRINE DELTEIL & KOLIA RUSTIN

C’est parti pour une semaine à la Réunion. A la porte d’embarquement à Roissy, une bonne ambiance règne parmi les professionnels français invités sur l’île à l’occasion de l’Indian Ocean Music Market (IOMMa), suivi le weekend du festival Sakifo.

LUNDI
Arrivé tôt le matin à Saint-Pierre, dans le sud de l’île, je troque immédiatement mon pantalon pour un short de bain, et pique une tête dans l’Océan Indien. Là, un type m’interpelle, me dit que l’eau est bonne, qu’il y a beaucoup de courant aujourd’hui, et que les requins pourraient passer la barrière de corail. Sympa l’accueil! Etrangement, je ne pense pas aux “Dents de la mer” mais à “Swimming with sharks” avec Kevin Spacey, je divague un peu, puis sors finalement de l’eau sur mes deux jambes. Bien que 10 heures de vol séparent l’île de la métropole, ici tout fait penser en apparence à la France: les mêmes panneaux de signalisation routière, les carottes rouges des bureaux de tabac, les losanges jaunes des bureau de presse, les voitures, les banques… Mais pas vraiment le temps de se la couler douce, car le programme concocté par l’équipe du IOMMa est bien chargé en concerts et en rencontres professionnelles. Après six éditions, le IOMMa est devenue la principale plateforme de l’industrie musicale de l’Océan Indien, favorise les échanges, rencontres et opportunités entre les artistes et professionnels de la région tout en construisant un pont vers les acteurs de l’industrie musicale venant d’Europe, d’Australie, d’Amérique et d’Asie. 28 groupes de la Réunion et de l’Océan indien sont présentés sur quatre jours. L’accès aux concerts répartis sur différents sites de l’île est gratuit et ouvert au grand public. L’ambiance y est donc plutôt conviviale et très cosmopolite. La soirée d’ouverture au Musée Stella Matutina de Saint-Leu, présente Dolores et Kaloune, deux groupes de la Réunion, menés par des chanteuses. J’accroche bien sur Kaloune, aussi comédienne, conteuse et poétesse. Très charismatique sur scène, elle communique facilement au public son énergie et sa jovialité, à travers sa voix calée sur des beats électros africains. La première soirée se termine autour de quelques verres, je fais la connaissance du DJ Fourmi Rouz de l’île Maurice, qui s’est produit aux dernières Transmusicales de Rennes, il m’apprend que son île est située seulement à 30 minutes en avion, et vu le prix exorbitant, 300 balles l’aller retour, c’est sans doute l’un des trajets les plus chers au monde! Je tire sur un joint de zamal, l’herbe locale, bien goûteuse, effets garantis.

Sakifo - street marketing
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MARDI

Tôt le matin, direction la ville du Port, pour trois autres showcases dans la salle du Kabardock, une institution locale. J’y retrouve avec plaisir Chacha, chanteuse emblématique de la scène électro de Shanghai, mais je m’interroge un peu sur ce choix de programmation, car malgré le réchauffement climatique et la montée des eaux, l’Océan Indien ne borde pas encore la Chine! Pour les deux autres groupes, pas de questionnement géographique, Morgane Ji et Tapkal sont réunionnais et ça s’entend. Tapkal joue du rock créole, et utilise le Kayamb, instrument réunionnais dont l’ossature est composée de tige de fleur de cannes à sucre et dont l’intérieur contient des graines de conflore ou de cascavelle. C’est un instrument percussif, une sorte de hochet en forme de radeau, que le musicien secoue. De retour en fin d’après-midi à Saint Pierre, j’enchaîne et prends une autre navette pour le Théâtre Luc Donat situé dans la ville du Tampon. Il fait tout de suite plus frais dans les hauteurs de Saint Pierre. Au programme de la soirée, Betweenatna, groupe de rock métal du Maroc puis Lucibela, chanteuse du Cap-Vert -question géographie, le Maroc et le Cap-Vert ne sont pas non plus dans l’Océan Indien-. Le premier groupe ne présente pas vraiment d’intérêt surtout en jauge assise, leur soupe rock punk metal aux relents de Sum41 m’ennuie profondément. Dans la droite lignée de Cesaria Evora, Lucibela enchante le public avec ses chansons en portugais, c’est beau, ensoleillé, quelques femmes dans le public se lèvent et esquissent des pas de danse. Trop de concerts tuent le concert, je commence à saturer, je décide de ne pas voir Lindigo et reste dehors à papoter, un joint de zamal tourne.

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MERCREDI

Conférence de presse de M.I.A en sa présence. Originaire du Sri Lanka, née en 1975, M.I.A. fait beaucoup plus jeune que son âge. Le motif de sa venue est double, elle présente jeudi au IOMMa un documentaire autobiographique MATANGI / MAYA / M.I.A., et se produit samedi soir en tête d’affiche du Sakifo. Je suis habituellement peu sensible au hip hop, mais je suis plutôt réceptif aux tubes de M.I.A. Elle confie que son show au Sakifo va être plus percussif avec l’intervention de musiciens locaux, et plus axé sur son deuxième album “Kala” sorti en 2007. Hâte de voir le show car j’étais vraiment resté sur ma faim après son concert tout pourri au Pitchfork Paris en 2016. Le soir, direction la salle du Kerveguen, avec six showcases. Je prends du retard, et loupe Nonku Phiri d’Afrique du Sud, et Stranded Horse avec le Maloya Mandingue Sextet de la Réunion. Je m’en veux un peu car j’ai toujours apprécié le folk de Stranded Horse. Puis vient Mamiso Trio Vocal, polyphonies malgaches, j’ai l’impression d’être devant une mauvaise comédie musicale, je ne reste que quelques minutes. Suit Maya Kamaty qui distille du Nu-Maloya, pas désagréable, ça joue bien, c’est rythmé, de nombreux fans se font entendre dans la salle. Puis c’est le tour d’Okzharp & Dear Ribane. ovni sud-africain. En intro, sur une grosse électro qui tabasse, la chanteuse break-danseuse se fait bomber sa tenue de scène par les deux autres danseurs costumés en faiseurs de meth, façon Breaking Bad. Les effluves de bombe de peinture picotent au nez, je me demande comment celle qui se fait bomber n’en a pas le souffle coupé. Le DJ en arrière-scène envoie du pâté, son visage est entièrement caché par un mini-écran à LED. Leur set bien que très solide, ne décollera à aucun moment, dommage. A l’extérieur de la salle, une petite scène a aussi été installée, je vois les deux premiers morceaux de l’Indienne Miss V, ex-membre d’un girls band pop. Pas vraiment séduit par sa musique, je quitte les lieux, lève les yeux au ciel, c’est pleine Lune.

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JEUDI

Projection du doc MATANGI / MAYA / M.I.A signé par le Britannique Steve Loveridge, je loupe les cinq premières minutes, la salle est presque comble. Le film est un montage d’images prises par M.I.A elle-même lorsqu’elle étudiait la vidéo à la Saint-Martins de Londres, et de scènes plus récentes capturées par le réalisateur. Je suis assez ému par cette jeune ado british d’origine sri-lankaise écoutant Madonna comme des millions d’autres ados, dansant devant son miroir en s’imaginant être une pop-star et qui deviendra plus tard elle-même une icone pop. Un parcours incroyable, l’histoire d’une famille d’immigrés où le père décide de rester au Sri Lanka pour fonder la résistance tamoule alors que sa femme et ses trois enfants ont immigré en banlieue de Londres. On comprend vite d’où vient l’activisme chez M.I.A. Un documentaire réussi d’une artiste engagée. La projection est suivie d’un Q&A avec M.I.A et le public. Une question émane d’un Réunionnais d’origine tamoule, il se trouve qu’il existe une importante communauté tamoule à la Réunion qui attend avec impatience le concert de la pop star au Sakifo samedi. L’après-midi est réservée aux speeds meetings professionnels. Le principe est simple: je suis installé à une table, et pendant deux heures, toutes les 15 minutes, un agent ou un musicien vient à ma table pour me présenter son catalogue d’artistes ou son projet musical en vue d’envisager une potentielle collaboration. Je ne suis pas vraiment coutumier des one-to-one expéditifs, j’essaie tant bien que mal d’être à l’écoute et de me nourrir des paroles de mes interlocuteurs. Pas évident et pas certain que cet exercice imposé aboutisse à un résultat probant. A la nuit tombée, le soleil se couche vers 18h à La Réunion, je rejoins la rue Babet dans le centre de Saint-Pierre, coupée à la circulation pour la clôture du IOMMa. En bas de la rue, une scène est installée, une autre scène au milieu de la rue, et en haut, un bar concert “Le Toit” fait office de scène off. Dans le “in”, au programme des festivités, 8 concerts de groupes provenant de la Réunion, de Madagascar, d’Australie, du Kenya, et du Mozambique. Les concerts s’enchaînent d’une scène à l’autre, très bonne organisation, très bonne ambiance, similaire à une Fête de la musique avec une population intergénérationnelle, des bars improvisés sur le trottoir…et donc de la musique live. Je retiens surtout la performance du collectif électro EA WAVE, originaire de Nairobi au Kenya. Autour d’une table blindée de mini-claviers, de platines, de laptops, de séquenceurs, de drum machines… le collectif aux 8 mains envoie un set solide taillé pour le dancefloor. Je finis la soirée au Toit devant les Marocains de Betweenatna déjà vus mardi soir. Dans ce cadre un peu rock’nroll et cracra, où les pieds sont scotchés au sol inondé de bière renversée, je me surprends à faire du headbanging sur quelques morceaux…

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VENDREDI

Au petit matin, je loue une voiture et emmène quelques pros asiatiques rencontrés au IOMMa venus de Corée, Hong Kong et Mongolie, pour une escapade au Piton de la Fournaise. Le ciel est un peu couvert à Saint-Pierre, mais après une heure de route, nous passons au-dessus des nuages pour nous retrouver dans un univers désertique baigné par le soleil. Splendide et lunaire. Les chemins de randonnée pédestres pour descendre à l’intérieur du cirque sont fermés en raison des éruptions récentes. Nous longeons donc la falaise. La marche dure une bonne demi-heure avec au bout une vue imprenable sur le volcan. Nous échangeons avec mes compagnons asiatiques sur l’écosystème du live dans nos pays respectifs. La clope au bec pendant toute la marche, Natsagdorj, l’ami mongol, me dit, vouloir faire de son festival l’un des plus gros festivals d’Asie. Il se donne dix ans. Dans son pays, l’homme est prescripteur et anime aussi une émission radio où il fait découvrir des groupes indés du monde entier à ses auditeurs de plus en plus nombreux. Cette année, Ariel Pink est la tête d’affiche de son festival. Retour à Saint Pierre, sous les nuages et les premières gouttes du séjour. Je pars en début de soirée sur le site du festival en espérant y retrouver des amis. Le site est situé à un bon quart d’heure de marche du centre de Saint Pierre. Le long d’une plage, 5 scènes ont été implantées auxquelles s’ajoutent 2 scènes réservées aux détenteurs du pass VIP. Le site est à taille humaine, pas besoin de faire des kilomètres et des kilomètres pour aller d’une scène à une autre. Il continue à pleuvoir par intermittence. Au VIP Charette, je fais la connaissance d’un journaliste local, et au détour d’une discussion sur les festivals électros à La Réunion, il m’informe qu’une bande de loustics ont récemment organisé un concert “Daft Punk tribute” et que dans la promo le “tribute” avait été volontairement mise en sourdine et écrit en petite police sur les affiches. Les petits malins avaient réussi leur coup puisqu’un grand nombre de spectateurs pensaient voir les vrais Daft Punk, moyennant une place à 25 euros. La soirée affichait complet avec plus de 2000 personnes!

Puis une personne me fait tirer sur un joint de zamal. Légende urbaine réunionnaise ou non, on m’apprendra plus tard que cette personne avait trouvé refuge sur l’île après quelques soucis judiciaires à l’époque où elle dealait à Paris pour toute la scène reggae française! Passage rapide à La Poudrière pour revoir Maya Kamaty déjà entendue mercredi soir. Je trouve finalement leur musique un peu trop variet’ à mon goût. Je m’arrête aussi devant Témé Tan sur la scène du Vince Corner. Seul sur scène, le musicien chanteur joue une chill electro plutôt easy mais efficace, on se dandine gentiment alors que la pluie fine se transforme vite en grosses gouttes. Je trouve refuge sous une grosse tente, la “Sal Vert Simangavol”. L’odeur d’un réel feu de bois pour chauffer les marmites et de carrys réunionnais monte vite aux narines. Ici, tout est cash only alors que c’est cashless sur tout le festival. On boit principalement des shots de rhum arrangé au gingembre ou à la cannelle, et on danse frénétiquement sur les rythmes d’un maloya traditionnel joué et chanté par un groupe à géométrie variable. Les effets des nombreux shots de rhum arrangés ingurgités se faisant sentir, je me retrouve dans un état mêlant ivresse et transe. A partir de là, tout deviendra flou…

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«On boit principalement des shots de rhum arrangé au gingembre ou à la cannelle, et on danse frénétiquement sur les rythmes d’un maloya traditionnel joué et chanté par un groupe à géométrie variable.»

Sakifo understage - Sal Vert
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SAMEDI

J’essaie de me rappeler de la fin de soirée. Tout avait commencé à basculer sous la tente de la Sal Vert. Je me souviens être sorti de là, mal arrangé comme le rhum, avoir été agréablement surpris par la technicité du beatboxer Saro sur la scène Radar dédiée aux jeunes pousses de la scène électro internationale, avoir dansé quasiment seul sous la pluie sur le dancefloor du VIP Charette où La Mverte envoyait un très bon dj set disco new wave, et avoir terminé devant la tête d’affiche Aloe Blacc et son tube soul “I need a dollar”. Puis, j’ai sans doute dû repasser par la Sal Vert pour m’abreuver de leur fameux élixir… car ce matin au réveil, les cheveux tirent méchamment et j’ai une sacré gueule de bois. Je me traîne à l’allure d’un escargot au marché de Saint-Pierre situé au niveau de l’entrée principale du Sakifo. On y trouve des gousses fraîches de vanille, des ananas Victoria, des samoussas, et pleins d’autres bonnes choses à manger. Je m’enfile des samoussas pour reprendre des forces, puis retourne siester à l’hôtel car il ne fait pas bon rester dehors à cause des averses. J’arrive tôt sur le site du festival au milieu du set de Roméo Elvis qui joue sur la plus grosse scène, la Sahalin. Il est simplement accompagné de son DJ Motel. En général, je ne suis pas très réceptif au rap francophone. Roméo Elvis ne me fera pas vraiment changé mon fusil d’épaule. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas l’engouement des jeunes pour ce rappeur, les textes sont pauvres, le flow pas très limpide. Je zappe et enchaîne avec Dub Inc. Retour à mes années lycée et au début de ma vie étudiante, à l’époque où j’écoutais du reggae, du ragga et du dub. Je n’ai plus vraiment écouté ce genre de musique depuis quasiment vingt ans. Le groupe a justement commencé sa carrière vingt ans auparavant, il a donc une base solide de fans en France et aussi à la Réunion. Ainsi la scène de la Poudrière, dotée de la deuxième plus grosse jauge du Sakifo est pleine à craquer.

Le live est très bien rodé, les deux chanteurs sont excellents, c’est festif. Je m’extrais difficilement de la fosse au milieu du concert et rejoins l’androgyne Nakhane qui entame la deuxième moitié de son concert et décide de faire tomber la veste. Il avait été repéré en France lors de sa résidence de plusieurs jours à l’Aire Libre au moment des Transmusicales de Rennes. Le sud-africain a une voix exceptionnelle et une gestuelle assez envoûtante, le show est minimaliste parfaitement adaptée à la scène située sous les Filaos, une variété d’arbres très présente dans la flore de la Réunion. Fin du concert sous les applaudissements. Je repars dans l’autre sens, direction la petite scène du Vince Corner située juste au niveau de l’entrée principale et qui donne directement sur la plage. Le groupe japonais psyché dub, Oki Dub Ainu Band, a déjà débuté son concert devant une foule éparse. Oki pour Oki Kano, le leader du groupe et musicien d’une ethnie de l’île d’Hokkaido. Son groupe revisite la musique de son ethnie en y incorporant du reggae, du dub, de l’afrobeat. Du bon son, assez psyché surtout grâce aux petits solos du claviériste à la Ray Manzarek. Je décide d’enchaîner pour ne rien manquer du live set de La Mverte sur la scène du Radar. Seul autour de ses synthés et au micro, l’univers de La Mverte fait penser à celui de son aîné Arnaud Rebotini, mais légèrement plus lumineux, et beaucoup plus disco. J’adhère totalement.A la fin de son set, je cours vite à la Poudrière et arrive au milieu du set de Lysistrata. Bien que la scène soit assez grande, le groupe décide de jouer dans un périmètre réduit: le guitariste et le bassiste se font face à face, le batteur est au milieu, sur un riser. Du math-rock, du noise, du hardcore, les trois jeunots, un peu autistes, envoient du lourd.J’assiste ensuite au live de Fakear sur la grande scène. Il est entouré de plusieurs musiciens dont une harpiste qui semble avoir oublié de changer de tenue après son footing. De Thylacine, à Les Gordon, en passant par Petit Biscuit, Fakear utilise la même configuration scénique que ses copains de la scène live électro française, à savoir un contrôleur midi de forme carrée à touches lumineuses carrées, penché à 45° face au public. Ce carré lumineux peut changer de couleurs, c’est joli certes, mais c’est un peu saoulant de regarder un type taper pendant une heure sur des petites touches. Je ne reste pas jusqu’au bout du concert, et décide d’aller voir Pamplemousse, le trio noise rock réunionnais qui bénéficie aussi d’une petite notoriété en métropole. Pamplemousse fait bien saigner les oreilles, et puis un groupe noise avec une bassiste, forcément ça fait penser à Kim Gordon… mais la comparaison s’arrête là.

Je prends de l’avance et arrive devant la scène de la Poudrière, quinze bonnes minutes avant le début du concert de M.I.A. Il y a déjà une petite trentaine de personnes agglutinées devant la scène. Avec mon accréditation photo, j’ai normalement accès à la fosse réservée aux photographes, tout devant. Sauf que le type de la sécurité a eu comme instruction d’interdire l’accès à tout photographe pendant le concert de M.I.A. C’est sans doute un ordre du management de l’artiste, car lors de la conférence de presse, il avait déjà interdit toute photo avec sa protégée ou alors il fallait passer par un processus de validation laborieux et donc très dissuasif. Relou, j’avais prévu d’illustrer ce report pour Roadie par une photo de M.I.A me faisant un gros doigt d’honneur, en mode Super Bowl 2012. A minuit, la fosse est pleine à craquer. C’est finalement au bout de 20 minutes d’attente que la scène s’assombrit et est envahie par un groupe de percussionnistes femmes et hommes de la Réunion jouant du maloya en guise d’intro. Puis la DJ et back vocal de M.I.A monte sur scène, et envoie aux platines les premières mesures de Kala, reprises simultanément par les percussionnistes. Le tout est puissant. M.I.A. déboule enfin, accompagnée de deux danseuses. Les tubes s’enchaînent, Borders, Bad Girls, Finally,… la voix déraille à plusieurs reprises, les danseuses ne sont pas vraiment calées entre elles, mais c’est néanmoins plaisant de voir M.I.A interpréter une setlist bien choisie et lorsque les premières notes du tubesque Paper Planes se font entendre, on oublie définitivement ces imperfections pour rejoindre M.I.A en Swaganistan ! “All I wanna do is… and take your money…” Je termine mon marathon musical devant le sud-africain DJ LAG, parfait prolongement du concert de M.I.A. avec son gqom, dérivé de la house, soutenu par des grosses basses. Révélation. Même si c’est parfois à la limite de l’EDM commerciale dégueulasse, DJ LAG met tout le monde d’accord sur le dancefloor. L’Afrique du Sud se révèle vraiment être une nation à suivre dans le courant des musiques électroniques.

DIMANCHE
Grosse pluie intermittente pour mes dernières heures à Saint-Pierre, mon avion décolle en début de soirée, je ne pourrai donc pas assister au dernier jour du Sakifo. Je ne goûterai ni à Petit Biscuit, ni au rock alternatif des Négresses Vertes qui signent leur comeback pour les 30 ans de leur premier album Mlah. Avant de prendre la navette pour l’aéroport, entre deux averses, je passe avec des amis au Risofé, une des traditions du Sakifo. Le Risofé est le rendez-vous du dimanche matin. Chaque année, les festivaliers et les non-festivaliers, ont droit à un concert gratuit sur la jetée de Terre-Sainte, le quartier des pêcheurs de Saint-Pierre, qui débute à huit heures du matin. Il faut donc être matinal ou avoir fait nuit blanche. J’arrive à la toute fin du Risofé, les techniciens sont en train de remballer sous la pluie le backline du dernier groupe, mais quelques acharnés continuent à jouer du maloya en acoustique sur un coin de la plage, entourés d’une trentaine de personnes les bras en l’air. On voit bien aux visages de certains, que la nuit a été très très longue et que le rhum a coulé à flots.

Vive le maloya! Vive la fête! Vive La Réunion!

Site Iomma

Site Sakifo

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