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TEXTE : ISADORA CRISTOFARI
PHOTO : GUILLAUME TROUVÉ

Daddy Cool
Depuis 15 ans, l’artiste britannique désormais exilé à Nashville, nous surprend à chaque nouvel opus. Pour ce septième album et la tournée qui l’accompagne, Jamie Lidell abandonne les sons electro pop, pour se tourner vers une soul plus organique et collaborative en puisant l’inspiration dans sa nouvelle vie de famille et en s’entourant de grands instrumentistes référents. Rencontre avec le crooner déjanté, pour une discussion à bâton rompu sur la paternité, l’inspiration, et l’importance d’être bien entouré.

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«Pour lui, impossible de cloisonner vie personnelle et vie professionnelle, et cet album est celui de la célébration. Pensé et écrit à quatre mains avec sa femme, le chanteur explique qu’il l’envisage comme un témoignage.»

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Il fait beau. L’hôtel est charmant. Les équipes de promo discrètes. Et Jamie Lidell qui a passé la journée à répondre à des interviews, semble soulager quand on lui annonce que c’est la dernière.
Nous rentrons dans le vif du sujet rapidement : « Building a beginning », un nom d’album à prendre au pied de la lettre, le disque du renouveau ? Il confirme de sa voix grave et chantante. Il est devenu père il y a peu, et l’arrivée du petit Julian à qui il a consacré un morceau, concentré de bonne humeur funky, a bouleversé sa vie en tant qu’homme et en tant que musicien. Un nouveau commencement dans tous les sens du terme, à tous les niveaux. Car c’est aussi le premier disque sur son propre label. En effet, après plus de 10 ans de succès avec le label électronique Warp Records, Lidell a décidé de créer Jajulin Record pour un retour aux sources vers les rythmes chauds et groovy de la soul qu’il affectionne tant. Il présente ces trois ans de travail sur le disque comme une période de réinvention, qui lui a donné une nouvelle énergie et a alimenté sa créativité : un changement nécessaire pour avancer.

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Pour lui, impossible de cloisonner vie personnelle et vie professionnelle, et cet album est celui de la célébration. Pensé et écrit à quatre mains avec sa femme, le chanteur explique qu’il l’envisage comme un témoignage. Et que la force de la musique c’est aussi cette capacité à marquer d’une pierre blanche un instant, de le mettre en exergue, de l’amplifier à travers un hommage.
Qui dit nouvel album, dit nouvelle tournée, et pour les dates, Jamie Lidell a décidé de s’entourer, de très bien s’entourer. Tous les musiciens qui ont participé au disque ne sont pas présents sur scène à ses côtés. Mais après des concerts quasi solo, Jamie Lidell revient accompagné par un vrai groupe, The Royal Pharaohs. Huit musiciens chevronnés qui ont fait leurs armes avec des grands noms – Beck, Lauryn Hill, The Roots – pour ne citer qu’eux. Et Lidell revendique cette importance de « l’humain » sur le disque comme pour la tournée sur laquelle il s’est longtemps interrogé sur sa capacité à retranscrire toute cette énergie studio sur scène.

A l’évocation des Royal Pharaohs, le chanteur britannique exprime toute son admiration pour ses musiciens, qu’il qualifie d’ultra talentueux, enviant presque leur flegme et leur capacité à maîtriser rapidement les morceaux alors que lui-même a passé des heures à les travailler. Talent qu’il explique notamment par leur expérience, pour certains, dans les orchestres des églises noires américaines où l’excellence est le seul niveau autorisé. Ce qui passe par des heures et des heures d’entraînement et de répétition.
Lidell avoue d’ailleurs avoir beaucoup appris au contact de ses personnes qui vivent la musique comme une évidence, qui respirent musique. Grâce à eux, pour la première fois, il a eu la sensation d’être pleinement soutenu, d’avoir cette énergie commune pour mener à bien chaque chanson de la manière la plus juste.
D’autant plus que pour ces nouveaux morceaux, le soul man a décidé de mettre les voix bien plus en avant et évoque le plaisir de travailler avec Shonka Dukureh, sa choriste, et Gerald Jenkins, son claviériste qui assume aussi certains chœurs.

L’autre musicien qui a une place particulière dans les Royal Pharaohs, est le batteur Daru Jones, légende vivante de l’instrument et batteur officiel de Jack White. Lidell nous explique qu’il l’a nommé « directeur musical » du groupe sur la tournée. En raison de son expérience, de son sens des responsabilités, il s’est appuyé sur lui pour penser le show, faire la liaison avec les autres musiciens. En effet, parce qu’il n’avait pas travaillé avec ce genre de formations depuis des années, le chanteur appréhendait un peu. Comme il l’explique, travailler avec des musiciens aussi chevronnés, c’est travailler avec des experts mais aussi avec des egos. Au-delà de se réhabituer à jouer avec un groupe, le challenge était aussi d’être capable de guider les Royal Pharaohs vers sa vision live des morceaux, dont certains assez minimaux ne requéraient pas tous les musiciens.

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Quand on lui demande ses ressentis, après les premières dates de la tournée, Jamie Lidell sourit. Du bon et du moins bon visiblement. Il évoque la difficulté du concert en première partie de Herbie Hancock à New York, un public peu acquis, un mauvais son, et la pluie pour couronner le tout. Mais philosophe, cette première expérience avec les Royal Pharaohs l’a pourtant conforté qu’il était sur la bonne voie avec le bon groupe. En revanche, c’est beaucoup plus souriant qu’il parle de son concert au Pukkelpop en Belgique, l’expérience a été visiblement bien plus plaisante. Devant 8000 personnes, présentes pour lui et son groupe, il s’est senti véritable show man. Le plaisir était au rendez-vous sur la scène comme dans le public qui a su lui rendre au centuple toute cette énergie communicative et intense.

Après des premières dates à travers l’Europe à l’automne 2016, Jamie Lidell revient avec les Royal Pharaohs cet été pour une tournée orientée festival, et ils seront notamment le 13 juillet à Sète pour le Jazz Festival. L’occasion d’aller communier avec le crooner déjanté et ses prédicateurs pharaoniques pour un show Southern soul teintée de gospel où la joie règne en maître.

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