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TEXTE : SEB PEYRAUD

« Le vélociraptor possède de puissantes mâchoires portant environ 80 dents acérées. Le vélociraptor mesurait, de la tête à la queue, environ 1,5 à 2 mètres pour une hauteur de 1 mètre », nous décrit Wikipédia, sans respecter la concordance des temps. Aujourd’hui, soit 70 à 80 millions d’années plus tard, surgit une nouvelle espèce : le vélocirappeur. Pour l’heure, on ne compte qu’un seul spécimen identifié. Il se nomme KillAson*. Il a 20 ans, et pour l’état civil, c’est Marcus Dossavi-Gourdot. Ses parents sont chorégraphes (Julie Dossavi et Gérard Gourdot), son beau-père est musicien (Yvan Talbot, qui a eu une forte influence sur son apprentissage musical et qu’il considère comme son « acolyte et associé »). Il s’est fait connaître d’abord comme danseur hip hop, puis aujourd’hui comme rappeur/auteur/beatmaker. Et dans les deux disciplines, un point commun : « Je suis toujours dans l’énergie que ce soit dans le chant ou la danse. J’aime quand ça rentre dedans, que ce soit véloce, qu’il y ait un côté animal, nous dit-il. J’aime beaucoup ce qui est rythmique et j’ai mis l’accent là-dessus sur The Rize (un « long EP » de neuf titres à paraître en novembre sur le label Fin de Siècle, ndlr). J’accorde une très grande importance aux beats, il faut que ce soit hardcore, que ça claque bien ». Par contre, pour le prochain projet – qui devrait débouler fin 2016/début 2017 – le rappeur véloce prévoit déjà qu’il y mettra davantage l’accent sur les mélodies.
Sur scène, KillAson affiche une aisance gestuelle, héritée de ses expériences de danseur, que ce soit avec la compagnie Undercover, avec laquelle il a notamment eu l’occasion de présenter une création, ou avec Wanted Posse, le groupe qui constitue une des références en matière de danse hip hop. Pour l’instant, il a choisi de se concentrer sur le chant et ne cherche pas à scotcher le public avec les figures qu’il peut sortir au cours de ses battles (il en a récemment remporté une, en deux contre deux, du côté de l’Autriche). « En concert, j’utilise mon expérience de la danse pour prendre l’espace, pour me l’accaparer et ma danse nourrit une gestuelle, mais en soi, je gesticule, je ne danse pas. Je ne voulais pas tomber dans une espèce de cliché du mec qui était danseur et qui s’essaie à la musique. Il rappe, après il lâche le micro et il danse. Dans les prochains projets scéniques, il y aura peut-être des parties dansées avec d’autres danseurs. Mais si on l’incorpore, je veux que ce soit de façon subtile. »
Le vélocirappeur se caractérise également par son utilisation de la langue de Shakespeare, mais avec un bon accent. Ce qui fait du bien, parce que, soyons réalistes : jusqu’à maintenant le rap français en anglais, c’était pas ça. Mais heureusement, ayé, c’est fini, KillAson a débarqué. Jah Lives, Hallelujah, Jah Rastafari, King Selassie.

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JUSQU’À MAINTENANT LE RAP FRANÇAIS EN ANGLAIS, C’ÉTAIT PAS CA. MAIS HEUREUSEMENT, AYÉ, C’EST FINI, KILLASON A DÉBARQUÉ

KILLASON © N'Krumah Lawson Daku 2016

« JE SUIS TOUJOURS DANS L’ÉNERGIE QUE CE SOIT DANS LE CHANT OU LA DANSE »

Il a d’ailleurs grandi dans une famille qui écoutait du reggae, ce qui lui a donné le goût pour la culture jamaïcaine, mais c’est principalement aux rayons rap, house et électro qu’il s’est nourri. « J’ai écouté pas mal Daft Punk, St Germain, Busta Rhymes, Outkast, des DJ comme DeeJay Punk-Roc, et quelques rares albums français, comme L’École du Micro d’Argent d’IAM. Et puis à l’adolescence, j’écoutais toujours beaucoup Outkast et de la musique californienne : Dr Dre, Snoop… »
Du coup, pas besoin de chercher plus loin cet attrait pour le texte en anglais, il provient de ces influences. Le souhait d’être compris du plus grand nombre et de pouvoir s’exporter expliquent également ce choix. Quant à son accent anglais, il est allé le chopper direct sur les disques : « ça vient vraiment de l’écoute continue de musique anglophone, depuis que je suis tout petit. J’ai la capacité de reproduire ce que j’entends, ce que je vois. Très vite, j’ai eu envie de rapper. J’adorais chanter par-dessus les voix, je faisais ça en yaourt. A l’école, j’ai commencé à apprendre l’anglais, et je me suis perfectionné aussi de mon côté en cherchant les paroles des morceaux que j’appréciais beaucoup. »
« Le vélocirappeur est grand, beau gosse, doté d’une corps musclé, et plutôt doué. Il disposait d’une énergie féroce », devrait nous dire Wikipédia dans 80 millions d’années.

*Mais alors, Killason, d’où ça sort ? « Dans mon groupe de danse, Wanted Posse, tous nos surnoms se terminent par « son », c’est notre signe d’affiliation. Et pour le « Killa » c’est dû au fait que mon mentor (du Wanted aussi) se fait surnommer Dedson Killah. C’est un peu comme une marque d’héritage ».

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