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EXTRAIT DU ROADIE N°2 - 2013
TEXTE : MATHIEU LESCOP
PHOTOS : MARIE PLANEILLE / SAINT ANTOINE

LOS ANGELES
Après une bonne nuit de sommeil histoire de récupérer un peu le décalage horaire, on se dirige vers ce qui sera le lieu de notre deuxième concert ce soir (donc première balance): une boutique de fringues, ou plutôt son arrière-cour, pour une soirée privée organisée par un magazine californien.
On arrive et l’ambiance est décontractée, très décontractée … trop décontractée! Les organisateurs de la soirée se présentent, on fait connaissance et ils nous demandent:
– « Bon alors ce soir ce sera quoi pour vous? Coke? MDMA? Acide? »
– « Ben on aimerait voir la sono déjà … Y en a pas? Ok comment on fait alors pour faire un concert? »
– «Woooow man on pensait pas qu’il vous fallait une sono! » Hum mm ça commence bien.
– « Mais si il faut louer du matériel c’est ok on vous donne l’argent »
Bon faisons comme ça alors. Location. Installation. Balance. Et on verra ce soir pour le reste ….
Maintenant direction le «El Rey Theater» pour la balance du premier concert de la soirée.
Et là c’est notre matos qui déconne, le logiciel qui envoie les samples ne marche plus, bon pas de panique, pas de panique, pas de panique …. Si en fait je panique ça y est!! Ouverture des portes dans 20 minutes et rien ne marche, Shit.
Heureusement quelqu’un connaissant le logiciel mieux que nous (ce qui veut dire qu’il sait faire autre chose que d’allumer l’ordinateur et lancer le logiciel) intervient, règle la configuration de sortie et.. .. c’était donc ça! Merci Patrick, de tout coeur merci.
Je m’enfonce dans un canape des loges, avec un début de laryngite qui ne ma lâchera plus jusqu’à la fin de la tournée, les américains sont de vrais maniaques de la clim, il y en a partout, la ville est une étuve et les lieux publics des frigos, ils sont fous ces ricains.
Bref, je vais boire tiens. Vodka, bière, vodka, bière. Ouffff ça va mieux!
La bonne nouvelle c’est que le concert se passe merveilleusement bien, et que le public est super, ils ne comprennent rien à ce que je dis mais c’est top, ils prennent ( l’énergie, le son, et rigole à chacune de mes blagues: ce qui prouve bien qu’ils sont fous!
Ok fin du concert, on serre deux ou trois mains, quelques embrassades à l’américaine en mode «Oh my god, wonderful, yeaaaah man 1 know but you know 1 know you know. .. « On bouge pour la deuxième partie de soirée qui s’annonce pas mal…

Pas mal? Incroyable vous voulez dire! On arrive dans un décor apocalyptique, un peu comme si on jouait à la soirée de fin de tournage d’un film de Romero, sauf que les figurants ne se seraient pas changés. Freaksland. Si ils pouvaient grimper au plafond ils le feraient, ils n’ont pas réussi … mais ce n’est pas faute d’avoir essayé!
Concert génial, ambiance de dingue, atter de dingue, ‘’no comment.

2

«LA PETITE FAMILLE ENCHAÎNE LES DATES EN CAMPING-CAR, AFIN DE PROCURER UN SEMBLANT D’ENVIRONNEMENT STABLE POUR LE NOUVEAU-NÉ.»

SAN FRANCISCO
Arrivée à la salle dans un downtown plutôt mal famé, voir affamé, beaucoup de mecs dans la rue, des sdf, des freaks, des dealers de crack etc… eh oui c’est aussi ça l’Amérique. Ceux qui sont sur le carreau le sont bel et bien, à la dure. Un peu flipant.
La salle par contre, le Rickshaw Stop est top. Super matas, la même odeur de bière tiède qui colle aux chaussures par terre que dans n’importe quel club dans le monde, bref on va se marrer!
Toujours cette laryngite qui me travaille, je demande au bar, de l’eau chaude, du citron, du miel, et un shooter de rhum, à une serveuse au sourire jusqu’aux oreilles, je sors mes dollars.
-’That’s on me» me dit elle.
C’est tellement rare la gratuité aux États Unis que j’ai envie de la prendre dans mes bras! Il paraît que SF est très différente du reste des USA, ça doit faire partie des différences de la Californie du Nord, en tout cas, ça n’arrivera plus jamais après…
Le concert est super chaleureux, le délicieux brevage gratuit fait du bien aux cordes vocales et le public danse, le merchandising part bien, tellement bien qu’on en oublie de manger avant la fermeture des restas. Et vu qu’on avait rien mangé de toute la journée, on se sent prêt à tourner de l’oeil, Antoine le bassiste est tout pâle, Cedric le guitariste fait le malin mais n’en mène pas large. Puis, enfin, après des heures de recherche se profile le saint graal: un restaurant encore ouvert! restaurant français …. on jète un oeil au menu …. on va prendre des burgers! Et du vin rouge au goût de gazole.
On retourne à la salle, on regarde le set des Housse de Racket, fin du concert, j’engage la conversation avec Lou, la plantureuse chanteuse de Tomorow’s World, et soudain, en plein milieu d’une phrase, je ferme les yeux et sens comme une lave couler sur mon cerveau, un magma chaud et rassurant qu’on appelle «sommeil profond» il fait chaud, le canapé est mou et je m’enfonce dedans, je repense à quand j’étais petit chez ma grand mère et que je m’endormais paisiblement dans des draps tirés aux quatre coins qui sentaient la lavande …. Je me trouve actuellement dans un club indie humide qui sent la bière tiède et le tabac froid, sur un canapé sur lequel1000 groupes ont posé leurs chaussures dégueulasses à l’endroit même où repose ma tête, mais je dors, comme un bébé, le paradis…
Retour à l’hôtel, une pensée pour Housse de Racket et Tomorow’s World qui repartent deux heures après pour Washington, mais pas nous, dodo donc.
Le lendemain on se ballade dans Haight Ashbury et Mission et je comprends alors pourquoi les japonais prennent tout en photo dans Paris, je fais pareil, même des motos de flic par exemple: La moto de Chips quoi!! Les justiciers de l’asphalte…

MONTREAL
– «Attention la langue de Molière que nous partageons avec les québécois est un piège, un faux-ami!» me dit Cedric. Et il a raison, on se comprend sans se comprendre, on utilise les mêmes mots mais avec des significations différentes, ça donne parfois l’impression de jouer à un jeu de pistes avec Ray Charles.
Fort heureusement les québécois sont des gens charmants:
– « Votre concert était écoeurant!!» dit l’un d’entre eux.
Je m’apprête à lui expliquer ma façon de penser quand mon voisin me dit:
– « Ecoeurant ça veut dire génial, mortel, super! C’est un compliment! »
Ok bon ça va pour cette fois alors. Si eux trouvent ça écoeurant, moi je trouve ça déroutant. .. Mais c’est vrai que le concert était cool en plus!
Rdv à l’équivalent montréalais de la maison de la radio, le type à l’accueil est un vrai numéro, une sorte de virilité à la Patrick Juvet mais avec la tête de Bill Clinton, très haut en couleur, quelle verve!! quelle répartie!! Un gars comme ça en France pourrait faire toutes sortes de métiers: styliste, danseur étoile, directeur de la communication chez Michou, esthéticien …. mais pour ce qui est d’être à l’accueil d’un bâtiment public ce serait une autre histoire!! C’est pour ça que c’est cool le Québec, chacun fait fait fait ce qui lui plaît plaît plaît…
Les journalistes explosent de rire en plein milieu de ma phrase quand je suis sérieux en interview (pardon en entrevue), mais quand j’essaie de raconter une blague ils ont la même tête que moi devant un débat politique.
Il y a marqué «Arrêt» sur les panneaux «Stop» mais ils utilisent un toaster quand on utilise un grille-pain.
Bref c’est marrant!
J’en profite pour voir quelques amis français récemment installés à Montréal, qui ont chopé l’accent, et les expressions, je ne comprends pas plus ce qu’ils me disent mais au moins je suis sûr qu’eux me comprennent. Bref je quitte Montréal en me disant que la prochaine fois je me procurerai «Le québécois de poche» édité chez Assimil, dont je ne peux que vivement vous conseiller l’acquisition … direction New York, the Big Apple.

5

NEW YORK
La fatigue commence sérieusement à s’installer entre mon cerveau et mes globes occulaires, mes paupières pèsent 5kg et mon sac à dos 192 tonnes.
Arrivée à la salle, je m’écroule sur le premier canapé venu, je suis un garçon facile en terme de canapé.
Je me réveille pour la balance, la salle est superbe, le Highline Ballroom, le matériel sonne super bien.
Je décide d’aller à l’hôtel prendre une douche avant le concert, et c’est là que les choses se compliquent: C’est tout petit, «une casemate» comme dit Cedric mon camarade de chambrée. Une chambre d’environ 1m sur 2 avec le charme d’un hall de gare (sans la superficie). J’ai soudain l’impression qu’un instructeur para va m’aboyer dessus: «50 pompes soldat Lescop!!!» Aaaargh!! Non doucement, c’est un mauvais rêve, ça va passer, vite une douche et je rentre à la salle…
Concert super, bonne bouffe cajun au resto après, mais un peu ras le bol de Manhattan, on va en boite après et j’ai l’impression d’être dans «American Psycho» et que Patrick Bateman va venir me payer un verre, me suivre dans la rue et m’égorger sauvagement.. .. Hum j’ai peut être un peu trop bu mais ce club est flippant: des yupies ivres morts draguent des nymphettes squelettiques à l’accent russe, le DJ ne passe pas plus d’une minute de chaque chanson, une magnifique black accompagnée de types au regard menaçant saisit mon sac à dos et le jette à l’autre bout de la pièce … Je décide de rentrer dans ma casemate.
Le lendemain on visite Brooklyn, nettement mieux, plus calme, des gamins jouent au base bali dans la rue, je me fais servir un coca par une serveuse qui m’appelle «baby» nettement mieux.
C’est malheureusement le moment de rentrer, en France. Roissy, son ciel azur, son personnel souriant et disponible, ses douaniers hilares, son moblilier au charme rare, sa chaleur, sa convivialité … Je vais aller me coucher tiens! Ca tombe bien j’ai des heures de sommeil à rattraper ….

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