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EXTRAIT DU ROADIE N°1 - 2012
TEXTE : MARC JAVOINE
PHOTOS : COURTESY COOPERATIVE MUSIC

J’ai toujours rêvé d’avoir un bon pote qui travaillerait dans la musique. Un qui m’offrirait deux billets pour voir enfin Black Eyed Peas. On irait ensemble en vacances au festivallnterceltique de Lorient. J’aimerais l’écouter me parler pendant des heures de nouveaux groupes obscurs qui défoncent. Il m’offrirait des picture-discs à mon anniversaire et des places en backstage pour Noël. On festoierait de grandes bières à chaque occasion. De temps à autres en soirée, il me ferait rencontrer des musiciens, des journalistes, au pire des mannequins.

Il n’y a pas si longtemps, je suis allé voir un concert de Converge. Là je tombe sur Mathieu, personnage bavard et généreux. Il pourrait te parler musique non-stop sur une traversée transatlantique.
Ce mec, au planning bien rempli, passe ses journées à bosser sur la promotion d’artistes, et ses soirées à voir des concerts. Il ne s’arrête pas. Au coin du bar luminescent, il commence à me raconter son parcours « Je suis rentré dans le disque en 1997, après avoir été batteur, roadie à mi-temps, étudiant en droit et avoir écrit dans plusieurs fanzines et magazines. J’ai successivement travaillé pour Virgin France, Epie, V2, toujours à la promotion. C’est chez V2 qu’a été créé le modèle Coop’ Je me suis immédiatement senti très investi. Lorsque Universal a racheté V2, notre boss actuel a constitué un réseau à travers l’Europe pour faire perdurer l’aventure. Nous avons ouvert le bureau français de Cooperative Music en janvier 2009.» Je cherche à en savoir plus sur ce « réseau ». En plus, il pourra peut-être me payer un demi. « Coop’ est un groupement de labels indépendants, un vrai réseau international, né en 2005. Il assure la promotion, le marketing et la distribution de nombreux labels V2 Music, Bella Union, Wichita, Moshi Moshi, DFA, Kitsuné, Lex, Heavenly, City Slang, … ».

«LA RELATION ENTRE DISQUE ET CONCERT EST CAPITALE. CE NE SONT QUE LES DEUX FACES D’UNE MÊME MÉDAILLE.»

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Je commande deux bières. Je l’écoute attentivement développer à propos de la fédération de labels pour laquelle il oeuvre « On est présent dans plus de 20 territoires l’Europe, l’Australie, l’Asie du Sud-Est, les Etats-Unis et le Canada. Les labels avec qui nous travaillons restent entièrement libres de leurs choix artistiques. La relation que nous entretenons avec chaque label est unique, même si elle participe toujours d’un intérêt mutuel pour la musique et d’un désir de développer ensemble des artistes et des groupes qu’on aime. Coop’ est dirigé depuis Londres par un français, Vincent Cléry Melin. L’organisation compte une petite trentaine de salariés dans le monde, dont trois à Paris Alexandre, Michael et moi.» Je récupère nos verres le plein de blonde. Quand il me cite quelques uns des artistes qu’il représente, j’ai les yeux qui brillent. « La qualité du catalogue est un moteur pour moi, c’est plus enthousiasmant de défendre des disques qu’on a soi-même plaisir à écouter. Mais il y’ a aussi le côté artisanal de la chose qui est très plaisant. Après avoir travaillé pendant longtemps pour des majors, avec beaucoup de monde et de moyens, revenir à une formule light à 3 ou 4 personnes en France et une trentaine de salariés dans le monde, qui se connaissent tous, est une expérience à la fois agréable et enrichissante.» Ce modèle fédératif est flexible. L’indépendance et l’artisanat sont garants de la diversité et de la richesse de la création musicale. Les labels peuvent suivre au plus près les mutations technologiques, l’évolution des supports. Il est aujourd’hui essentiel de s’adapter aux nouveaux modes de consommations musicales. L’idée est de continuer à orchestrer la rencontre entre les labels et leurs publics sur le territoire.

« Je ne peux pas dire que j’ai une confiance d’acier dans l’avenir du métier voici près de dix ans que l’industrie du disque est en crise. J’ai vu un grand nombre de camarades perdre leur emploi ( … ). Cela dit, Cooperative est justement un modèle économique nouveau dans le secteur, avec des coûts assez bas et des effectifs légers et motivés. Cette manière d’envisager le business me semble salutaire aujourd’hui et j’y crois beaucoup. Il y aura toujours besoin de gens comme moi, pour accompagner et soutenir les artistes dans leur développement, même s’il n’y a plus de disques un jour.»

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On sent un frémissement électrique dans la salle. Converge se fait attendre. Je repose mon verre sur le zinc. Nous parlons maintenant des concerts « Je me sens toujours à l’aise dans les salles, j’aime l’atmosphère qui y règne et surtout, j’adore les concerts, j’en vois entre 1 et 5 par semaine. J’entretiens de très bonnes relations avec toutes les salles de Paris, j’y passe tellement de temps qu’à force, je connais même la sécu. La relation entre disque et concert est capitale. Ce ne sont que les deux faces d’une même médaille. »
Les yeux rivés au lointain, attendant impatiemment le début du show. Dans un vrombissement du public, Converge prend possession de la scène. Mathieu s’avance prudemment au milieu du pit pour ne pas rater une miette de ce concert, qui s’annonce contagieusement vénéneux.
Si je devais avoir un pote qui travaille dans la musique, je voudrais bien que ce soit Mathieu Pinaud.

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