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EXTRAIT DU ROADIE N°2 - 2013
TEXTE : GUILLAUME TROUVÉ
PHOTOS : GUILLAUME TROUVÉ

Direction Roissy ! Ce soir, je me rends en Ecosse pour rejoindre un groupe luxembourgeois en tournée de l’autre côté de la Manche. Pour changer, la ligne B du RER est en travaux, il faut donc faire tout un trafic de train puis de bus pour arriver Terminal 2B. La RATP offre spéculoos et bouteille d’eau pour compenser. Bien joué ! Easyjet, porte 33, embarquement immédiat.
Ceux que je vais suivre pendant quatre jours s’appellent MUTINY ON THE BOUNTY, que d’aucuns qualifieraient de math-rock, de jazz-core ou encore de screamo. Pour moi qui suis déjà de la vieille école en matière de hardcore, je dirais qu’il font une musique proche d’un DROWNINGMAN époque « Rock And Roll Killing Machine », à mi-chemin entre un DILLINGER ESCAPE PLAN des débuts et un LACK période « Blues Moderne, Danois Explosifs », alliant folie technique, rage punk et science mélodique.
Bien serré dans mon fauteuil, je réécoute leur disque pour me mettre dans l’ambiance avant d’atterrir, en grignotant un sandwich infâme payé la peau du cul. Les avions ressemblent de plus en plus aux trains.

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17/09/2012 – Glasgow : Art School Union

Les portes de l’aéronef s’ouvrent à nouveau. Choc thermique. J’essaie de me réchauffer en lisant la température en degrés Fahrenheit. Puis la douane, le distributeur et la clope. Je m’engouffre dans un taxi. Choc linguistique. Je comprends un mot sur deux. J’appelle un des membres du groupe pour avoir l’adresse du club, mais comme le chauffeur ne comprend manifestement pas mon anglais non plus, mon interlocuteur et moi passons nos téléphones respectifs à l’Ecossais le pus proche de nous, afin qu’ils s’expliquent entre eux. Quinze minutes à regarder l’industrielle Glasgow défiler sous mes yeux. Sur le trottoir, quelques gars fument. Comme ce sont les seuls dans le coin qui ne se baladent pas en t-shirt et en bermuda avec ce froid, je leur demande si par hasard ils ne sont pas les sujets de ma quête. Dans le mille ! Je fais connaissance avec toute la troupe : Cédric Czaika, a.k.a. « Chiggy », bassiste, Nicolas Przeor, « Pzey », guitariste, Clément Delporte, l’autre guitariste, Sacha Schmitz, batteur, « Monsieur » Julien Conti, sonorisateur, et Claude Ewert, tour manager. Quand je rentre dans la loge, qui est en fait la quasi-totalité du bar, je repère un bon vieux patch BOTCH sur un sac à dos, qui nous permet de lancer un premier sujet de discussion, et de me la péter parce que moi, je les ai vus en concert. J’apprendrai à la fin du voyage que c’est grâce à ce bout de tissu que j’ai été adoubé.
Le bar semble être habituellement le lieu de rendez-vous des étudiants en art de Glasgow, mais manifestement ce soir, ils avaient mieux à faire : il y a vraiment très peu de monde. Le concert a lieu à l’étage inférieur. L’organisateur de la date (qui devait jusqu’à la veille se dérouler ailleurs) reste dans l’entrée, en haut des marches, les yeux rivés sur son Mac, pas vraiment préoccupé par l’absence de public, ce qui laisse le groupe un peu perplexe.
Un band local commence. Rien de bien original. Du math-core plutôt fruste, pas très bien joué, avec un bassiste rouquin à cinq cordes qui a l’air d’un banquier. Leur show est vite expédié et leur matos vite rangé. Le deuxième groupe, CRUSADES, également glaswegian, toujours dans la même veine, est un peu plus intéressant : devant une section rythmique un peu insipide, deux guitaristes se lâchent. Le premier s’agite comme celui des HIVES.
Le second, Steven, chanteur et fan de tapping, est petit, mais cache mal sous son slim et son t-shirt moulant les heures passées à la salle de gym à soulever de la fonte. Pzey me confie qu’il s’agit en fait de leur ancien guitariste. Il a un temps vécu au Luxembourg en colocation avec Sacha et Cédric, mais l’histoire s’est un peu finie en eau de boudin, avant qu’il ne rentre la queue entre les jambes en Ecosse. Les rapports sont cordiaux mais un peu frais tout de même.
Je vois alors les MUTINY installer tout leur barda : Clem et Nico ont deux pédaliers énormes, dignes des guitar geeks qu’ils sont. Tous sont équipés en Orange, bassiste y compris. Tout démarre avec un sample façon radio, puis c’est la déferlante de guitares. La bonne surprise : c’est le batteur qui chante, et il fait pas du CERRONE ! Ils se donnent à fond malgré le peu d’affluence. Le niveau technique est vraiment très élevé mais n’enlève rien à la force mélodique des morceaux. Je suis par contre impressionné par le rendement improbable du stand de merchandising, grassement achalandé en textiles aux designs variés.
Condamné par le nom de mon magazine, je donne un coup de main pour remballer. Le coffre du camion finit par ressembler à un Tetris, mais l’habitude du chargement/déchargement accélère les choses. Ils s’aperçoivent ensuite que personne n’a prévu de logement pour eux ce soir. Remontés contre leur tourneur anglais, ils parviennent malgré tout à dégotter à leurs frais un dortoir dans une auberge de jeunesse un peu miteuse des environs : le Blue Sky Hostel.
Une fois nos quartiers pris, et Sacha abandonné à ses rêves dans son lit superposé, on repart vers le centre pour se sustenter. Un burger paki fera l’affaire. Certains sont végétariens, mais rien d’extrémiste. On se perd en rentrant, et une fois à bon port, on découvre un type tatoué et masqué en train de faire de la soudure dans la chambre qui jouxte la nôtre. Il « répare sa Harley » ! « Ah bon ! Ok, donc tout va bien, alors ! »
Après une bonne nuit réparatrice, l’hostel offre royalement un café au jus de chaussette. On préfère alors se rabattre sur un breakfast café (oui, un endroit où ils ne font que des petits-déjeuners). Puis vers 11h30, on prend la route, direction…

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RICHARD PARKER attaque, dans une veine post-rock mogwaïesque. Cela a beau être plutôt en place, rien n’y fait, je n’accroche pas. Bien qu’encore un peu frais, et pâtissant de l’enthousiasme d’un batteur un peu décalé (dans tous les sens du terme), la formule NGOD fonctionne mieux. Il paraît qu’ils sont suivis de très près par le premier manager d’ARCTIC MONKEYS, qui était invité mais qui n’est finalement pas venu. Je ne peux m’empêcher de penser à BLOC PARTY quand je les vois jouer. Mais toujours rien à voir avec la déferlante MUTINY. Ce soir, ils ont décidé de jouer au pied de la scène, et cela n’empêchera pas la soixantaine de personnes du public de rester bouche bée.
S’ensuivent des causeries interminables avec des fans éméchés, et avec Amy Bramhall, la photographe installée à Leeds qui s’est occupée de leurs photos de presse. Une heure plus tard, après avoir tout remballé, à dix dans le van, on rejoint nos pénates pour la nuit. Il s’agit de la coquette maison dans laquelle vit Matty en colocation. « Shoes off ! », il ne faudrait pas abîmer cette épaisse moquette en mérinos. On prend nos marques habituelles : petite bière et code wifi dans nos iTrucs respectifs. Mon arrière-garde m’ayant juré ses grands dieux qu’une piaule d’hôtel m’était destinée à chaque étape, j’ai débarqué les mains dans les poches, sans matériel de camping. Je récupère donc un matelas crados et un oreiller douteux, afin de constituer la pièce majeure du Tetris (horizontal, cette fois) qui se profile dans le salon. Juste avant de se coucher, et comme ils le redoutaient, ils reçoivent un mail de leur tourneur anglais leur faisant part de l’annulation de la date du lendemain à Leicester. Ils rongent leur frein, mais commencent sérieusement à s’agacer de la légèreté de ce dernier. Ils seront payés malgré tout.
En tout cas ce matin-là, si les idées ne sont pas très claires, le ciel l’est, pour la première et dernière fois durant ces quatre jours. Quatre d’entre eux partent à la chasse au p’tit-déj, pendant que je sors faire quelques photos de ce quartier résidentiel qui s’avère être un ancien cloître. Ils reviennent les bras chargés de muffins fourrés à l’omelette et au bacon. C’est à ce moment-là que les choses s’arrangent enfin. Un message de leur pote Gavin du groupe SHAPES, qui devait également s’aligner ce soir à Leicester, leur annonce qu’ils ont trouvé une date de remplacement au pied levé dans leur ville, Birmingham. Let’s go.

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18/09/2012 – Leeds : Brudenell Social Club

Sacha conduit : c’est lui qui maitrise le mieux les manœuvres et la voie de gauche. Sur le trajet, je suis assis à côté de Pzey. Il est luxembourgeois, d’origine franco-polonaise, mais ne parle pas « luxo », car il était dans une école francophone. Il est avec Sacha le seul membre originel de MOTB. Je lui raconte mes souvenirs d’ancien combattant de l’indie. Bien que nous ayons à peu près le même âge, ils ont commencé leur groupe quand j’arrêtais le mien. On se découvre des connaissances en commun, à la fois discographiques et amicales. Ces quatre longues heures sont entrecoupées par quelques arrêts au stand autoroutier, qui nous permettent d’apprécier quelques splendeurs de la gastronomie anglaise. Juste avant d’arriver, on traverse le quartier des facs de Leeds, vraiment charmant.
Ils jouent ce soir dans un grand sports bar, qui diffuse des matchs de foot dans chacune de ses nombreuses salles. Heureusement, celle du concert est épargnée. On retrouve là leur pote slasher Matty Wall : promoteur/graphiste/organisateur de concerts/etc., la mi-vingtaine, chétif et tondu, looké comme un vrai hipster anglais, arborant un t-shirt fait maison à l’effigie du héros de la série Breaking Bad. Leur balance est vite envoyée, sous les yeux grands ouverts des minots qui ouvreront pour eux ce soir : NGOD. La danse des pédales des deux gratteux et le niveau technique général fait toujours le même effet sur les musiciens qui les regardent. Du coup, la discussion s’engage entre eux. Pendant ce temps, Claude s’affaire à démonter puis remonter la Strat’ que Clem a cognée contre le plafond la veille. Guitar tech, c’était son premier rôle aux côtés du groupe, puis au fil du temps, il est également devenu leur tour manager, dont le rôle principal est de gérer la caisse collective. Il est polyglotte, porte une fière iroquoise, des t-shirts noirs aux logos illisibles, et a même failli s’acheter un kilt sur une aire d’autoroute. Au Luxembourg, il est surtout prof de guitare. Une pièce un peu à l’écart, habituellement destinée aux parties de poker, a été aménagée en loge, les tapis verts démontés et rangés à l’entrée en témoignent. Dans un coin traîne le classique « chili », la spécialité des caterings britanniques, sur la table, quelques tranches de pain de mie et des nachos. Pas de quoi s’étouffer.

19/09/2012 – Leicester : Firebug  Birmingham : the Flapper
Aujourd’hui c’est M. Conti qui prend le volant. C’est un Français expatrié en Belgique depuis de nombreuses années et qui rêve de sa naturalisation. Il est l’ingé-son de quelques salles et groupes wallons. Et guitariste, comme tout le monde. A la pause essence, je me rue sur le premier Double Whooper venu. Le Burger King pour les Français, c’est un peu comme le Messie chez les Juifs, 5000 ans qu’ils l’attendent, et toujours pas prêt de revenir. Il fallait y croire la première fois, les gars !
Birmingham est vraiment d’une échelle supérieure, par rapport aux villes traversées jusque là, et les rues sont autrement plus encombrées. C’est déjà la fin d’après-midi quand on arrive. Le bar surplombe un minuscule canal, dont les berges servent de piste d’athlétisme aux joggers en goguette. Comme d’habitude, il y a dans la salle principale une multitude d’écrans, et du foot partout. Au sous-sol, on installe rapidement tout leur matos pour pouvoir commencer le soundcheck. Sacha s’aperçoit que sa peau de grosse caisse est trouée ; c’est ce qui arrive quand on prête son backline tous les soirs aux autres groupes. Evidemment, c’est aussi plus confortable pour eux de jouer sur leur propre matériel. En tout cas ce soir, il faudra faire avec (du gaffa, en l’occurence). Pendant que SHAPES puis &U&I balancent, les MOTB se retirent chacun dans leur coin pour converser avec leurs nanas. Pas de repas prévu ce soir non plus, donc je me remplis de bière. Gavin et les autres ont vraiment fait un travail de communication incroyable : alors que le show est prévu depuis quelques heures seulement, le bar se remplit inexorablement. Le prix d’entrée est libre.
Le trio &U&I démarre sur les chapeaux de roue. Les MUTINY ont déjà partagé l’affiche avec eux à quelques reprises chez la perfide Albion (notamment une fois où les trois larrons se sont mis à taguer à la bombe les murs de la maison du type qui les hébergeait). Un rock beuglé bien sale, avec de vraies bonnes idées et un son hyper brut. Ils me rappellent SLOY. Ca me plait ! Thomas, leur chanteur, qui de temps à autres se crache dans la barbe, a branché son micro sur une pédale looper, il peut ainsi assurer ses propres chœurs en live. SHAPES sont de vieux complices. Bien qu’à trois également, leur musique est un peu plus sophistiquée, mais pas moins violente. Gavin frappe ses fûts comme un sourd. Et puis ce sont ce qu’on pourrait appeler des beaux-gosses (c’est la première fois qu’il y a autant de meufs présentes depuis Glasgow). Mes camarades luxembourgeois ont ce soir une énergie débordante. Ils sautent partout et gesticulent dans tous les sens. Le son est relativement énorme et le public enthousiaste. Ce sera pour moi la meilleure des quatre dates avec eux. Le show terminé, on enquille quelques roteuses supplémentaires en faisant les comptes des entrées. Personne n’espérait tant. Bien que la totalité de la somme leur fût destinée, les MOTB partagent finalement le tout en trois, se souvenant que leur no-show à Leicester était tout de même payé.

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Pour la nuit, on est scindés en deux entre la maison de Thomas et celle du bassiste. Je me retrouve avec Clément, Sacha et Julien. On ressort quelques minutes acheter de quoi se nourrir au nightshop du coin : sandwichs au poulet d’autoroute, bananes et six-pack. On mange devant Takeshi’s Castle, appréciant avec un certain sadisme de voir des Japonais se faire humilier. Une fois de plus, je récupère le rebut de la literie : un matelas gonflable crevé, auquel j’additionne quelques couvertures pour sentir un peu moins les lattes du plancher. Je dors finalement du sommeil du juste. Le lendemain, une fois tout le monde douché, on se retrouve dans un café qui sert de refuge aux jeunes mamans du quartier. Au menu, café latte, muffin, saucisse, bacon, boudin noir (!), et des croissants cuits sur place à la demande. Avant de prendre la route, une vieille dame accompagnée d’un lévrier du même âge, vient spontanément nous parler. De son chien, bien évidemment.
Avant de quitter définitivement Birmingham, Sacha doit trouver un magasin de musique pour remplacer sa peau de grosse caisse. Sur les indications de notre hôte, on trouve difficilement cet entrepôt transformé en shop. Bien que Pzey essaie d’inciter ses comparses à ne pas quitter le camion pour ne pas perdre de temps, aucun d’entre nous ne peut résister. A raison ! Le magasin est immense, les murs sont couverts de guitares sur une hauteur de dix mètres. Alors que Claude bloque sur des 7 cordes vertes fluo, Clément et moi nous pâmons devant une Gibson Firebird non-reverse noire mate. Lui, le Belge de la bande et dernier arrivé, sous ses airs de premier de la classe vicelard, vit vraiment pour la guitare, m’avouant y passer tout ce qu’il gagne, ayant ainsi constitué une énorme collection de guitares, d’amplis et d’effets en tout genre. C’est d’ailleurs dans une cabine insonorisée du Music Store de Cologne (plus grand magasin de musique d’Europe, ndlr) que Pzey a fait sa connaissance. A défaut d’autre chose, on repart avec le dernier catalogue Fender, afin de pouvoir se masturber tranquilles dans le van.

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Puis leur show démarre. Au milieu du deuxième morceau, le pédalier de Nico s’éteint et pendant une bonne minute, Claude et moi cherchons la raison de la panne pendant que les autres continuent à jouer. C’est finalement la multiprise qui a grillé. Quelques minutes plus tard, le stroboscope se bloque et manque de rendre tout le monde épileptique. On entend Sacha s’impatienter : « tu peux lui dire d’arrêter ? », et Julien, penaud, de lui répondre par l’intercom : « non, mais en fait, c’est moi qui l’ai mis, je sais pas comment l’arrêter ». Sach’ est le lighteux de la plus grosse salle de concert du Luxembourg, et disons qu’il sait ce qu’il veut en la matière : du bleu, surtout du bleu. C’est un peu le papa de la bande, celui qui se couche tôt, celui qui a le secret de l’agencement du matos dans le coffre et de la conduite de leur camion (qui calanchera quelques semaines plus tard sur un bord d’autoroute). Avec sa copine, il vient de s’acheter un chalet au Luxembourg, dont il a lui-même assuré tous les travaux d’aménagement. Un bonhomme à l’esprit pratique ! En tous les cas, ce soir, c’est un peu du MUTINY ON THE BOUNTY punk, mais ça n’est pas pour me déplaire, je commençais à douter qu’ils fussent humains !
Ils enchaînent les palabres habituels avec les fans, qui repartent les bras chargés de merch. Puis vient le moment de prendre congés de tout le monde. Le camion chargé, on se dirige chez Tony. C’est un petit appartement qu’il partage avec un copain biker dans un petit lotissement avec jardin. Le gars est fan de films d’horreur et de figurines en tout genre. Le salon qui nous est destiné, 10m2 maximum, est farci de DVDs et de tout un tas de conneries inutiles. Je partage un matelas avec Julien, tandis que Sacha et Claude se recroquevillent sur les canapés. Nico se faufile entre une table et un mur. Clem et Chiggy, eux, encadrent le pieu de leur jeune et discret tourneur dans la pièce d’à-côté. Cette nuit, ce sera donc la version boat people du sleeping. Au réveil, j’ai le malheur de passer troisième à la douche. Le ballon est déjà vide et l’eau gelée. J’abandonne et je me rhabille en pensant que je serai à Paris et dans ma baignoire dans quelques heures, afin de me préparer pour la soirée de lancement du numéro 1 de notre cher magazine. On prend la route de St.-Pancras.

20/09/2012 – London : Old Blue Last
La route est vite avalée, mais une fois passés les murs de la capitale, c’est une autre paire de manches. Au moins une heure trente pour parcourir les dix derniers kilomètres. On voit sortir de leurs collèges des gamins de toutes les couleurs, tous en uniformes. Cédric, le bassiste et beau gosse à mèche du groupe, m’apprend d’ailleurs que son « vrai » métier est assistant social, et même qu’il vient de trouver un job d’instituteur pour des enfants de maternelle ; ses tatouages n’ont apparemment pas fait peur à son employeur. Il est lui aussi de lointaine origine polonaise, mais luxembourgophone. On arrive finalement avec une petite heure de retard.
Comme son nom l’indique, le Dernier Vieux Bleu est une antique construction sur laquelle trône une immense bâche Vice (il s’agit effectivement du repaire londonien de ce magazine iconoclaste). A l’intérieur, tout est en bois, du sol au plafond. L’agencement du lieu est totalement biscornu : il y a des escaliers dans tous les sens, la loge au plancher qui penche de plusieurs degrés est équipée d’une baignoire antédiluvienne et d’un micro-ondes SLAYER. Le bar est au rez-de-chaussée tandis que la salle de concert se trouve à l’étage, ce qui n’est pas pour faciliter le déchargement qui doit se faire par l’escalier de service extérieur.
Ce soir, Claude a prévenu tout le monde : il a bien l’intention de pécho une copine polonaise sur laquelle un de ses potes est déjà passé. Il a abandonné pour la première fois son traditionnel bermuda pour une tenue plus appropriée. Il nous la présente en vitesse puis disparaît pendant quelques heures. Sur place, le groupe retrouve Anthony Shaw, un américain volubile qui s’occupe de leur label anglais Best Before Records, et Tony Boden, leur tourneur briton. Tandis qu’après leur balance, mes camarades s’éclipsent dans une pièce à l’écart pour discuter business avec eux, j’en profite pour aller faire un tour dans le quartier avec une vieille amie du lycée à qui j’avais donné rendez-vous. Installée ici depuis une dizaine d’années, elle connaît parfaitement le coin et m’emmène déguster une spécialité juive dont j’ai mangé le nom : il s’agit d’un bagel avec de la viande marinée et de la moutarde qui arrache. Après s’être racontées nos vies depuis notre dernière rencontre, et après qu’elle ait jeté un rapide coup d’oreille à la musique de SHAPES qui sont encore là ce soir, elle doit s’enfuir chez son mec. J’ai déjà raté le premier groupe et je manque également un bon bout de leur concert. Le public a ce côté londonien, typiquement atypique, avec ses looks hyper personnalisés malgré le conformisme habituel du milieu hardcore-punk. La petite salle est plutôt bien remplie. Les MUTINY s’installent pendant que je siffle les dernières bières des loges.

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21/09/2012 – Paris

Après quatre jours à leurs côtés 24h/24, on est finalement tous tristes de se quitter. Je me suis vraiment attaché à eux et je peux maintenant affirmer que j’ai des potes luxembourgeois (c’est pas aussi rare que des amis islandais, mais quand-même). On se donne rendez-vous le 16 novembre au Nouveau Casino, on s’embrasse, et je pénètre dans la gare. Je me sens un peu vidé mais ravi qu’ils m’aient accepté aussi facilement. Arrivé devant les portiques de sécurité, on m’enjoint de vider mes poches et d’enlever ma ceinture, je fais aviser mon passeport par les douanes françaises qui me dévisagent de manière suspecte. Je tente de m’allumer une clope sur le quai, mais je me fais immédiatement engueuler par un employé de la gare. Dans l’Eurostar, je suis assis auprès d’un américain obèse, qui déborde de son siège. Joie. Les trains ressemblent de plus en plus aux avions.

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