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TEXTE : THOMAS DAVID
PHOTOS : DAVID ROCHE

C’est en décembre, ou peut être en janvier il y a une dizaine d’année que j’ai rencontré Octobre/Novembre, un groupe musical dont le nom est tout sauf saisonnier. Pour traduire ce que j’ai ressenti ce jour là, disons qu’il s agit d une formation composée d’un clavier, d’une basse, d’une guitare, d’un chanteur et d’une boite à rythme sans nom, et dont les compositions prennent racines dans la coldwave et arborent fièrement des titres comme « new voice », »glove of pain », »las vegas » ou « johnny cool ». La basse est efficace, la guitare subtile et poétique, le chant est généreux et entrainant, le clavier distille des mélodies synthétiques et cristallines. Une cristallisation dans le sens que Stendhal donne à ce terme, celle qui permet de parer de diverses qualités, plus ou moins illusoires, la femme que l’on désire : tous les éléments du cosmos Octobre/Novembre se rassemblent et s’ordonnent dans un processus orgiaque et orgasmique. Le nom maintenant, pourquoi Octobre/Novembre ? Le batteur nous répond : « parce que La Main c’était déjà pris » « La Main ce n’est pas un nom de groupe.. ? » « Mais Octobre/Novembre non plus.. ! »

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«Leurs références ne leurs sont finalement d’aucune utilité, les attributs du genre ne sont utiles qu’à l’industrie.»

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Octobre/Novembre, contrairement à ses illustres prédécesseurs wave (new&cold), a renoncé à exprimer une critique stérile de l’espace socio-musical qui menait, à l’époque déjà, à une impasse et avait créé une nouvelle orthodoxie. Ainsi se forme une synthèse entre attitude constructive et contextuelle. Octobre/Novembre opère une brèche dans la définition commune de pointe et de périphérie, une jonction impossible et pourtant naturelle entre le mois des couleurs d’or et le mois sombre, entre Octobre et Novembre. Il vaut mieux renoncer à les définir par le genre. Et comme si le dessein de ce groupe à la musique simple (mais complexe) n’était pas assez obscur, les protagonistes ont stoppés le projet très rapidement après l’éclosion et avant l’explosion, disparaissant subitement. Leur ingénieur du son libanais a dû fuir en Andalousie pour leur permettre de ne pas enregistrer leur premier album et leur premier (et dernier) manager a préféré mettre fin à ses jours par ingestion quotidienne d’eau. Les survivants des débuts savent que tout a commencé par l’ivresse et un tirage au sort pour attribuer les instruments. ivresse des mélodies printanières. Ivresse des paroles. Ivresse des mélodies puériles matinées d automne. Ivresse et donc boite a rythme… Les guitares se sont tues, ainsi que les claviers. Bon tant pis. La création artistique a besoin d’un certain vide, d’une certaine indétermination ou neutralité pour pouvoir se réaliser.

Octobre/Novembre a laissé passer la vague froide des retours et lorsque les larmes de leurs premiers fans furent oubliées, ils ont réapparu après une saison blanche et sèche, comme si ils étaient partis acheter un paquet de cigarettes la veille. Aujourd’hui Octobre/Novembre tend à occuper un espace flou et indéterminé finalement, et c’est bien évidemment pour construire des ponts, des passerelles, des fils inter-culturels plutôt que pour combler des vides. N’attendez rien d‘eux, ils n’apportent aucune réponse mais ont de très bonnes questions. Ils ne désirent rien prouver, et surtout, ne prétendent pas, à priori, épuiser le sens du genre. Leurs références ne leurs sont finalement d’aucune utilité, les attributs du genre ne sont utiles qu’à l’industrie. Anti-productif, transgressif et non maitrisable, Octobre/Novembre laisse la part belle à ce qui échappe par le truchement d’une subversion douce et bienveillante.

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