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EXTRAIT DU ROADIE N°2 - 2013
TEXTE : RAPHAËL MALKIN
PHOTOS : VINCENT DESAILLY

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À l’image de la minutie dont il fait montre en maniant les mots dans ses textes, Oxmo Puccino aime les détails qui se cachent dans la bonne bouffe. Portrait d’un gourmand gourmet.
Lorsqu’il s’agit de passer à table, le monde se divise généralement en deux catégories. Il y a d’abord les gloutons, ceux qui, à peine installés, plongent dans leur assiette et engloutissent leur affaire sans préavis. Et puis, il y a ceux qui profitent du moment. Ces derniers hument l’air du temps présent, regardent et admirent ce à quoi ils vont s’attaquer et prennent toutes les dispositions nécéssaires pour apprécier leur repas. Oxmo Puccino est l’un deux. Bien calé sur la banquette du Café Charbon à Paris, le rappeur s’attache à couper en petits bouts le persil qui accompagne son escalope de saumon. Le souci d’une fine bouche.

À l’heure de parler gastronomie, l’artiste se fait aussi loquace que dans ses chansons. Les yeux pétillants, il parle avec envie du risotto aux potirons qu’il vient d’apprendre à cuisiner et des poulets qu’il aime faire rôtir «avec du miel, des épices, des citrons ou de l’ail» «Quand je cuisine, je prends le temps, c’est comme un moment de méditation» dit-il en passant. Et puis le voilà qui reprend sur le goût des frites faites maison qui lui rappellent son enfance ou encore à propos des panées, ces «petites racines en forme de carottes blanches, déroutantes et incroyables» Explorateur des goûts et des saveurs, à la recherche d’expériences culinaires intenses, Oxmo Puccino aime donc les bonnes tables, des «petits bouiboui» popu de Belleville à Paris au célèbre Arpège du chef Alain Passard, «un restaurant où tu réserves pour la journée. Il y a des petits plats qui arrivent sans arrêt. Ce sont des émotions fortes !»

À l’écouter, si prodigue pour parler goustaille, on n’imaginerait pas que le loustic est en réalité un quasi novice sur le sujet. Non, Oxmo Puccino n’a pas toujours été un fana de tambouille. Celui qui confesse n’être allé pour la première fois au restaurant qu’après avoir fêté ses vingt ans, à longtemps été un fidèle aficionado de la bouffe vite faite. Avec les potes d’enfance de Paris nord d’abord au côté desquels il s’est sifflé un paquet de McDo et de kebab mais aussi le long de ses premières tournées, au début de sa carrière époque «lime Bomb» et Cut Killer Show. «Je ne connaissais rien donc je ne demandais rien. Dans les caterings (les cantines mises à disposition des artistes pendant les concerts- ndlr), la bouffe ne changeait jamais sandwich triangles, pizza, le taboulé classique, le riz blanc trop cuit. On se tapait aussi les restaurants de route. À y repenser, je crois bien que, dans la mesure où on était des rappeurs, les gens pensaient que l’on n’aimerait pas la bonne bouffe» se souvient aujourd’hui Oxmo Puccino. Enfin, au milieu de tous ces produits surgelés et formatés qu’il a pu se farcir, le rappeur a quand même eu le temps de se façonner une certaine culture de la bouffe. Riche et nichée en même temps. «Mon premier rapport à la bouffe est familial explique Oxmo Puccino, lui le rejeton de parents d’origine malienne. Quand j’étais jeune, on dinaît tous les soirs à 19h à la maison – à l’heure où le père rentrait. Ma mère nous cuisinait des plats du pays du mafé, du tiep, des poissons grillés. C’était rouge et marron et tellement épicé. Comme une explosion !»

«QUAND JE REPENSE AU MAGRET DE CANARD QUE J’AI GOÛTÉ LÀ-BAS ! LÀ, TU ES HEUREUX AVANT MÊME D’ÊTRE MONTÉ SUR SCÈNE !.»

Avec le temps, Oxmo Puccino a élargi sa palette de connaissances question gueuleton. Au gré des rencontres, le rappeur s’est petit à petit fait fin gourmet. «Ça a commencé avec les musiciens du Upopette Bar qui étaient en tournée avec moi en 2006» explique le rappeur. «Les mecs, des jazzmen, aimaient les bons vins et les bons fromages» Aujourd’hui, initié aux petits plaisirs de la table, Oxmo, n’hésite pas à se renseigner sur «les bons restaurants et les bonnes sandwicheries» là où il passe pour un concert. «Une tournée, c’est aussi un voyage culinaire. Pour peu que l’on creuse un peu, on s’enrichit toujours de nouvelles saveurs. Et puis en goûtant aux spécialités locales, on en apprend toujours un peu plus sur la France»dit-il. Et à l’artiste de se remémorer les papilles en alertes ses passages récents «en Bretagne, à Lyon ou encore à Toulouse» C’est d’ailleurs dans cette dernière ville qu’Oxmo garde l’un de ses souvenirs les plus impérissables au chapitre gustatif de sa carrière. Dans la Ville rose, le rappeur a eu la chance de passer par le Bikini, une salle de concert où les loges ont la particularité d’être adossées à une cuisine où, paraîtil, on bouffe comme un roi. «René, le mec qui accueille, se fait une mission de frapper les artistes qui viennent en cuisinant des produits du terroir. Quand je repense au magret de canard que j’ai goûté là-bas ! Là, tu es heureux avant même d’être monté sur scène» Hum. Aussi, quand il n’est pas à Toulouse en train de déguster à l’aise ce que lui mijote le bon René, Oxmo sait également se faire plaisir en demandant de la salade, du fromage, une bouteille de rouge ainsi que du Havaiana sept ans d’âge.

Cela dit, si le bonhomme disserte sans mal sur ses péchés mignons, n’allez pas croire qu’Oxmo soit du genre à tout aimer pourvu que ça se mange. L’homme est gourmand jusqu’à un certain goût. Celui des carottes «Cuites ou rapées, c’est un légume que je n’ai jamais réussi à apprécier. Je crois que c’est à cause de la cantine du temps de mes années collège. Il y avait un goût amer dans les carottes que je n’aimais pas» Vous voilà prévenu si, d’aventure, vous envisagez un jour d’inviter Oxmo Puccino à dîner.

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