Partager cet article

EXTRAIT DU ROADIE N° 2 - 2013
TEXTE : RAPHAEL MALKIN
PHOTOS : NICOLAS POILLOT

KEYBOARD STORY

Dans la grande galerie de l’électro française, Arnaud Rebotini s’affiche dans un coin, à part. À l’heure où les rythmes et les sons se façonnent à coups de clics, le musicien de quarante piges reste fidèle aux vieilles machines. Un style d’autant plus détonnant quand « Rebo » débarque sur scène.
Au simple coup d’oeil, Arnaud Rebotini doit facilement frôler le double mètre. Sa grosse moustache achève même de lui donner les airs de celui qui en impose. Une dégaine dont la tonitruance n’a d’égale que la musique que le bonhomme bidouille depuis maintenant près de vingt ans une techno spatiale, rythmée par plein de petits jaillissements lunaires, qui propulse l’auditeur du côté de Jupiter sans préavis. Aussi, pour façonner ce son du grand air, le larron a choisi de s’enfermer et de s’enterrer. C’est à six-pieds sous terre, au bout d’une cave poussiéreuse qu’Arnaud Rebotini a installé son studio. Là, derrière une petite porte dont le revers est entièrement recouvert de fils, de câbles, de prises et de casques audios suspendus, on découvre un minuscule box dans lequel sont entassées des dizaines de machines.
Ces dernières viennent ici rappeler au chaland qui viendrait s’aventurer en sous-sol la singularité d’Arnaud Rebotini. Aujourd’hui, le producteur est l’un des seuls à produire sa musique quasiment uniquement à partir de synthétiseurs et de boîtes à rythmes là où beaucoup de ses congénères ne se contentent que de cliquer sur les onglets de leurs logiciels. Preuve ultime de la proximité qu’entretient Arnaud Rebotini avec les machines, son premier album solo, sorti en 2008, s’intitule Music Components.

de02-3
de02-2

Puis comme tout bon minot, Rebotini a évolué et sa palette musicale s’est peu à peu élargie il y a eu le hip hop, la new wave façon New Order, un peu de métal (« tendance grind core’1 jusqu’à la house. À ce moment-là, celui qui savait jouer quelques accords sur une guitare électrique s’est mis à s’intéresser de manière quasi obsessionnelle aux machines pour façonner les beats tech. « Je regardais la liste des instruments sur la jaquette des albums, j’ai commencé à bricoler avec des synthés et des quatres pistes. Au début, je sortais des sons très blip avec des grosses basses » À cette époque, le début des années 90, le jeune Rebotini dépense tout son argent de poche pour s’offrir des machines d’occasion comme cette boîte à ryhtmes TR-909 achetée pour 700 francs « dans une salle de répétition de banlieue » ou bien cette TR-808 récupérée avec l’argent gagné après un set « dans un bar à backroom de Pigalle » Deux machines qui trônent encore aujourd’hui en bonne place dans le studio de l’artiste.
Toutes les machines récupérées au fils des ans ne sont pas vouées à passer le reste de leur vie dans le fameux studio. Régulièrement, Arnaud Rebotini emmènent certaines d’entre elles prendre l’air le temps d’un live dans un club ou pour une tournée. Mais, au juste, comment fait-il pour transporter tout ce barda sur scène ? « Généralement, je prends des machines faciles à transporter et qui peuvent se brancher entre elles sans avoir besoin d’un ordinateur. Une boîte à rythmes légère comme la Juno 60 et quelques synthés font l’affaire » explique l’artiste. Arrivé à bon port avec son matos, ne reste alors plus qu’une table de mixage à louer et quelques clins d’oeil complices à échanger avec les techniciens « Là où je vais jouer, il y a toujours un mec qui a un synthé chez lui et qui vient me parler des machines. En fait, les joueurs de synthés, c’est un peu comme les motards, c’est une sorte de communauté »

site

vidéo